Formation & débats/Paul Blackledge

Sur la centralité de la classe ouvrière chez Marx. Pourquoi les travailleurs peuvent changer le monde

Nous publions un article de Paul Blackledge paru le 1er décembre 2011 dans le périodique britannique Socialist Review. Ce bref texte de nature didactique nous semble utile comme introduction à certains débats qui ne manqueront pas (ou qui ne manquent pas) de traverser les mouvements sociaux: quels peuvent être les sujets sociaux porteurs d’une émancipation de l’humanité? Il s’agit d’une interrogation ancienne, qui n’est souvent pas formulée en des termes aussi directes. P. Blackledge la développe à partir de la conviction de Marx, selon laquelle il s’agit de la classe des travailleuses et des travailleurs (elle doit se comprendre dans un sens large): en s’émancipant, elle émancipera l’humanité toute entière; d’où, en ce sens, son caractère « universel ».

Si ce texte n’aborde pas de façon développée la question de l’articulation des différentes oppressions (il ne fait que l’évoquer), il a toutefois le mérite de renouer avec une approche en termes d’exploitation et d’affirmer la centralité de la classe des travailleuses et travailleurs dans toute émancipation sociale. En effet, celle-ci est souvent oubliée – lorsqu’elle n’est pas niée – au profit de transformations sociales qui ne pourraient s’opérer que dans la sphère de la circulation (régulation des marchés financiers, par exemple) ou de la consommation (qui prend le plus souvent deux faces, avec de nombreuses nuances : soit une insistance à une transformation des pratiques individuelles, soit des revendications, exprimées par de nombreux courants écologistes, qui n’interrogent que rarement la sphère de la production). Cela ne signifie en aucune mesure, bien entendu, qu’autant les questions touchant ces deux sphères que les questions liées à des oppressions spécifiques – qui sont souvent antérieures au capitalisme lui-même – sont secondaires. Il s’agit simplement de restituer toute sa place à la question d’un sujet social capable de porter cette transformation sociale.

Nous reviendrons dans le futur autant sur les rapports sociaux de classes que sur les rapports sociaux de genre au travers d’un travail collectif autour de deux petits ouvrages qui seront prochainement publiés par les Editions Page deux. Nous invitons toutes nos lectrices et tous lecteurs intéressé·e par ces questions à nous contacter si ils/elles désirent s’associer à ce travail de réflexion plus que jamais nécessaire.

(Introduction et traduction de Victor Cebes pour le blog du Cercle La brèche)

*   *   *

La conviction de Marx selon laquelle la classe ouvrière [en fait le salariat au sens où Pierre Rolle l’explique dans « Où va le salariat? » Editions Page deux 1997, ndt] a la capacité de changer le monde est peut-être sa contribution la plus importante à la théorie socialiste. Avant Marx, les travailleurs étaient vus au mieux comme des victimes du système ou plus généralement comme de la racaille dont l’existence menaçait la civilisation. Marx a contesté ces hypothèses, affirmant que les luttes ouvrières collectives pour la liberté pointaient vers une alternative socialiste possible au capitalisme.

Cette vision est aujourd’hui largement décriée. Toutefois, les critiques adressés à Marx manquent souvent leur cible. Cela est particulièrement vrai de ceux qui rejettent son modèle de classe à partir du « sens commun » ou de perspectives sociologiques qui tendent à assimiler les classes avec la stratification sociale – les différents types de différenciation des personnes que l’on forge sur la base du revenu, des statuts, de l’occupation ou de modes de consommation. Qu’ont-ils donc en commun, disent ces critiques, des enseignants formés à l’université, des ouvriers d’usine ou des vendeurs de magasin mal payés ?

Considéré à partir d’une perspective se fondant sur ces différences, auxquelles on pourrait y ajouter d’autres, il semble évident que non seulement les vieux schémas de la lutte de classes sont moins pertinents que jamais, mais encore plus que les schémas reposant sur des différences réelles sont devenus tellement complexes que faire appel aux classes sociales semble tout à fait hors d’âge.

Cette tendance mettant l’accent d’une façon unilatérale sur les différences au sein de la population active ne peut fonctionner que si les stratifications sont vues en dehors du processus plus large de l’exploitation. Marx, en revanche, a montré comment le processus d’exploitation complexe à l’œuvre dans le capitalisme crée non seulement une myriade de différences au sein de la force de travail, mais également des rapports communs qui traversent les différences de revenus, d’occupations, de statuts, etc. C’est ces rapports communs qui font d’une classe sociale une classe. La conception de l’exploitation élaborée par Marx ne doit pas conduire les marxistes à écarter les différences au sein de la classe laborieuse. Elle doit plutôt orienter vers la base matérielle pour une solidarité par delà ces divisions.

La méthode de Marx

L’approche de Marx dans l’étude des classes se comprend mieux historiquement. Il prétendait que même si l’on pouvait distinguer les humains des autres animaux sur la base de différents critères, nos ancêtres, en fait, se distinguaient eux-mêmes du monde naturel à travers le travail social et conscient visant à transformer la nature pour satisfaire leurs besoins. Dans ce processus, un tournant a été amorcé lors de la Révolution néolithique, à l’époque où, il y a environ 8000 à 10’000 ans, des groupes d’humains qui vivaient jusque là de la cueillette, rompirent avec leurs anciennes pratiques pour commencer à faire pousser des cultures.

Se reformant eux-mêmes comme agriculteurs, les humains produisirent systématiquement pour la première fois un surproduit leur permettant de reproduire dans la durée leurs cultures – par la constitution de réserves de céréales pour se prémunir des périodes de mauvaises récoltes, par exemple. Cela aboutit à l’apparition d’un problème social nouveau : qui contrôle ce surproduit ? Les classes (accompagnées par l’Etat et l’oppression des femmes) sont apparues lorsque des minorités – après une très longue période transitoire – établirent leur contrôle sur le surproduit produit par le reste de la société.

Entendues ainsi, les classes ne sont pas une caractéristique universelle de l’histoire humaine, mais elles ont une origine historique déterminée dans l’émergence d’un rapport particulier par lequel un groupe a pris le contrôle sur le surproduit social produit par un autre groupe.

Cette approche dans l’étude des classes contient trois grandes forces :

– Tout d’abord, elle a permit à Marx de périodiser l’histoire par l’examen des différentes manières dont l’extraction de ce surproduit est réalisée par la classe dominante sur les producteurs. Ainsi, la façon dont les seigneurs féodaux exploitent les paysans est différente de celle utiliser par les capitalistes dans l’exploitation des travailleurs salariés. Cela se traduit notamment dans les formes différentes qu’emprunte le conflit social dans les sociétés féodale et capitaliste.

– Ensuite, en en soulignant les origines de classes, ce modèle éclaire les conditions nécessaires pour l’abolition des classes sociales : tandis que les classes apparaissent alors qu’il y avait suffisamment de surproduit pour permettre à une élite d’en prendre le contrôle mais pas suffisamment pour la satisfaction de toutes et tous, la possibilité de dépasser les divisions de classes s’est développée lorsque le niveau de surproduit a atteint un point où ces avantages pourraient être généralisés – une chose dont Marx a montré que le capitalisme a rendu possible.

– Enfin, en plaçant la production d’un surproduit au centre de son modèle des classes sociales, Marx a fait la démonstration des relations intrinsèques qui existent entre la grande variété des fonctions au sein de l’économie capitaliste.

En effet, la conception marxienne des rapports capitalistes de classes ne fait sens qu’en relation avec son modèle dynamique de l’accumulation du capital. Le capitalisme est un mode de production nouveau et d’un dynamisme sans précédent qui est apparu lorsque les producteurs directs (la paysannerie) a été expropriée du contrôle de la terre pour devenir « prolétaires », des individus dont la survie dépend de la vente de leurs capacités de travail sur le marché du travail. Cette transformation dans les rapports sociaux avait une importance immense parce qu’elle a créé les conditions par lesquelles le capitalisme est devenu simultanément le système social le plus dynamique et le plus incontrôlable (ou « aliéné » ainsi que Marx l’appelait) jamais connu dans l’histoire.

La production paysanne

La stabilité relative de la production paysanne s’enracinait dans le contrôle effectif que les paysans tendaient à exercer sur la terre : ils produisaient principalement pour eux-mêmes (avec une partie de la production qui revenait par divers biais aux seigneurs) avec un faible complément qui était dirigé vers le troc ou l’échange marchand.

En revanche, le système de production basé sur le travail salarié est celui par lequel les travailleurs sont contraints de chercher du travail là où ils peuvent en trouver. Cette caractéristique du travail salarié permet aux capitalistes de redistribuer le travail (par le biais de licenciements dans un secteur couplé par la croissance ailleurs) des secteurs les moins rentables vers ceux qui le sont plus. D’autre part, parce qu’il s’agit d’une production marchande, les capitalistes sont constamment sous une pression à l’innovation. Pris ensemble, ces conditions signifient que le travail tendra à être redistribué vers les producteurs les plus efficients. Le travail salarié sous-tend une tendance à la croissance de la productivité du travail sous le capitalisme.

Bien que Marx a écrit beaucoup sur les rapports entre le travail salarié et le dynamisme du système capitaliste, il n’a jamais achevé la section du troisième volume du Capital dans lequel il commença à définir les classes sociales. Malgré cela, il nous a laissé suffisamment de matériel nous permettant d’élaborer une compréhension des classes sociales à partir de ses œuvres.

Une tentative importante en ce sens a été réalisée par Lénine. Il a définit les classes sociales comme un rapport : les travailleurs vendent leurs capacités de travail alors que les capitalistes achètent celles-ci. La grande force de cette approche réside dans l’éclairage des similitudes entre des emplois qui apparaissent superficiellement différents.

Il ne s’agit malheureusement d’une élaboration insatisfaisante. Par exemple, le capitalisme moderne existe au travers l’activité de cadres supérieurs qui, comme les travailleurs, vendent souvent leurs capacités de travail mais qui, contrairement aux travailleurs, ne sont pas exploités (ils jouent toutefois un rôle central dans l’exploitation de ceux-ci). Il existe également d’autres groupes dont les conditions d’existence chevauchent celles de capitalistes au-dessus d’eux et de travailleurs au-dessous – cadres intermédiaires, certains professionnels, etc. Ces « nouvelles classes moyennes », dont l’existence reflète la complexité croissante du processus capitaliste de travail, tendent à aider à l’exploitation des travailleurs en même temps qu’elles expérimentent des contraintes qui sont partiellement semblables à celles que connaissent ces travailleurs.

La tentative la plus élaborée de restituer la théorie marxienne des classes sociales en relation avec le complexe et développé processus social d’exploitation a été réalisé par Geoffrey de Ste Croix dans son remarquable ouvrage Class Struggles in the Ancient Greek World [Les luttes de classes dans la Grèce Antique ; G. de Ste Croix, 1910-2000, historien britannique de l’Antiquité qui a écrit plusieurs ouvrages dans une perspective d’histoire matérialiste]. Il écrivit que « Les classes (qui constituent dans leur essence un rapport) est l’expression sociale collective de l’exploitation, la façon par laquelle l’exploitation est encastrée dans les structures sociales […] Une classe […] est un groupe d’individus identifié dans une société par sa position dans l’ensemble du système social de production. »

Exploitation

Dès que nous pensons les classes sociales en termes d’un processus complexe d’exploitation et le capitalisme comme un mode de production d’un dynamisme inédit dans l’histoire, nous pouvons commencer à comprendre comment les croissances de la productivité du travail mènent à des transformations permanentes dans la structure de la classe ouvrière.

C’est par exemple ce qui se produit dans la production industrielle. Bien que les travailleurs d’usine britanniques n’ont pas le même poids qu’ils avaient, les croissances de la productivité du travail signifient, malgré le déclin du nombre d’emplois dans les usines, qu’en 2007 la production industrielle britannique a atteint le somment de toute son histoire.

Cela signifie non seulement que les travailleurs d’usine sont devenus objectivement plus forts en même temps que leur nombre absolu décline, mais cela signifie également que la production de nouvelles technologies implique que les travailleurs modernes ont besoins d’aptitudes très différentes de celles de leurs prédécesseurs.

Une conséquence de ces changements est que les travailleurs modernes doivent avoir un niveau de formation très différent de celui des travailleurs par le passé. Si l’éducation d’antan était le privilège d’une élite, l’éducation d’aujourd’hui (au moins pour ce qui touche à l’alphabétisation élémentaire ainsi qu’aux connaissances mathématiques de base et, pour un nombre croissant, d’un niveau universitaire) est une condition nécessaire pour presque tous les emplois. Ces développements ont deux implications :

– La première est que les travailleurs sont mieux éduqués que jamais auparavant : en effet, la majorité des travailleurs modernes sont d’une façon significative mieux formés que l’était une grande partie des responsables par le passé. C’est une aide majeure à ce qu’ils puissent prendre le contrôle démocratique de la société dans son ensemble.

– La seconde, si l’on regarde le système éducatif du point de vue du processus d’accumulation du capital, nous permet de saisir quels rapports entretiennent les éducateurs avec les autres travailleurs. Parce que la production industrielle nécessite des travailleurs formés, elle a besoin d’éducateurs. En outre, parce que l’éducation de masse est (dans son essence) destinée à produire la prochaine génération de travailleurs, il y a une différence de fonction qualitative avec les formes antérieures d’éducation qui se concentraient simplement à doter l’élite des compétences et de la confiance nécessaires à diriger.

Aujourd’hui, la plupart des enseignants contribuent à fournir des travailleurs formés au processus de production. Ils le font en tant que travailleurs salariés qui vendent leurs capacités de travail comme les autres travailleurs. Cela créé une expérience de vie qui est de plus en plus semblable à celle des autres travailleurs : ils sont constamment sous la pression d’accroître leur efficience en éduquant plus d’étudiant·e·s à un coût moindre.

Une parallèle avec ce qui vient d’être dit peut être tracée avec les systèmes de soins et les services sociaux. Les travailleurs formés sont (du point de vue du capitalisme) une ressource coûteuse. Cela serait une perte que la maladie, etc. conduise à leur sortie du marché du travail. Par conséquent, à l’instar du système éducatif les systèmes de soins et les services sociaux peuvent mieux être compris si on les considère comme étant essentiel au processus d’exploitation. De ce fait, la place occupée par les infirmières, travailleurs sociaux, administrateurs, etc. qui travaillent dans ces secteurs peut être comprise comme étant une part de la classe laborieuse en raison du rôle qu’ils jouent dans la poursuite du processus d’accumulation du capital.

Cela ne signifie pas pour autant qu’autant les soins ou le système éducatif peut simplement être réduit à une réponse aux besoins du capital – il est clair que les revendications portées par les mouvements sociaux ont abouti à un élargissement des fonctions de ces institutions de telle sorte qu’elles échappent à la seule vision étroite du capital centrée sur les rentabilités les meilleures. Néanmoins, parce que ces structures ont crû essentiellement car elles correspondaient à une réponse aux besoins du capital, la grande majorité de ceux qui y travaillent peuvent être saisis comme faisant partie de ce que Marx appelait le « travailleur collectif. »

Des intérêts communs

Si l’on généralise ce point de vue, nous pouvons comprendre que malgré le fait que les travailleurs exercent d’innombrables emplois différents, avec des statuts et des salaires qui le sont tout autant, ils font tous partie du travailleur collectif exploité, ils font tous une expérience semblable des contraintes à augmenter leur productivité. Il existe un intérêt commun à résister (collectivement) à l’exploitation capitaliste qui transcende la classe laborieuse au nom d’une alternative démocratique qui nécessite de faire complètement disparaître l’exploitation.

Par contre, les capitalistes sont ceux qui siègent au sommet de ce processus d’exploitation et qui s’entourent d’une couche constituée de fonctionnaires, cadres, magistrats, journalistes apologétiques, la police, l’armée, etc. dont les activités permettent d’assurer la perpétuation des conditions de l’exploitation. Toutefois, bien que les capitalistes dirigent le processus d’exploitation, la production dirigée vers le marché fait qu’ils sont, comme les travailleurs, aliénés parce qu’ils ne disposent pas d’un contrôle d’ensemble d’un système qui est gouverné par une compétition aveugle et anarchique entre des capitaux rivaux.

Bien que le capitalisme garanti que chacun est aliéné, les capitalistes ne bénéficient pas seulement du contrôle sur le processus d’exploitation mais ils tendent également à vivre cette aliénation comme liberté et auto-réalisation. Les travailleurs, au contraire, sont exploités et tendent à être avili par leur expérience de l’aliénation.

Ces oppositions créent un rapport antagonique qui permet de mieux comprendre le capitalisme comme n’étant pas seulement une division en classes (une stratification) mais plus profondément un complexe de lutte de classes. L’exploitation comprise comme un processus social qui ne créé pas seulement des liens objectifs entre une variété de travailleurs en tant que parties du travailleur collectif, mais qui créé également un rapport antagonique avec les capitalistes et ceux dont dépend le bon fonctionnement du système : ceux que le marxiste russe Boukharine appelait – dans un contexte très différent – « l’exploiteur collectif ».

Une fois que nous admettons que la lutte des classes est enracinée dans les rapports d’exploitation qui se trouvent au cœur du système capitaliste, nous pouvons voir que les travailleurs possède un pouvoir unique au sein du capitalisme, Parce que le système capitaliste dépend de l’exploitation du travail salarié, les travailleurs ont la capacité de le détruire.

Pourquoi la classe ouvrière ?

C’est la raison pour laquelle les marxistes affirment que les anti-capitalistes doivent se diriger vers la classe ouvrière. Nous n’avons aucune illusion dans le fait que les travailleurs seraient des « anges », mais nous sommes convaincus qu’ils ont la capacité stratégique de stopper le flux des profits. En outre, c’est l’émergence de ce travailleur collectif qui créé la possibilité pour les producteurs de remplacer les relations marchandes aliénées par un contrôle démocratique sur la production et la distribution du surproduit social : le socialisme.

Tout en refusant d’idéaliser les travailleurs, nous devons toutefois reconnaître qu’afin de développer les organisations collectives nécessaires pour résister et finalement défaire le capitalisme ils doivent dépasser les divisions qui traversent leurs rangs. Ils doivent lutter pour que la solidarité dépasse non seulement les différentes formes de stratifications que nous avons vues plus haut, mais également ces nombreuses divisions qui traversent les lignes de l’oppression – le racisme, le sexisme, l’homophobie, etc. – au moyen desquelles la classe laborieuse est souvent divisée contre elle-même.

Alors que les théoriciens des études culturelles – tout comme les sociologues des classes – ont tendance à se concentrer sur les différences existantes entre les différents groupes opprimés, une fois que nous admettons que tous les membres de ces groupes sont en fait intégré d’une façon ou d’une autre au processus capitaliste d’exploitation, nous pouvons commencer à discerner les bases d’une libération universelle.

En opposition avec ceux qui conçoivent l’oppression comme étant seulement une différence, notre thèse selon laquelle la classe laborieuse inclus tous ceux qui sont liés (ce qui doit se comprendre dans un sens large) au processus d’exploitation nous permet de saisir comment elle n’inclus pas simplement les différents types de travailleurs mais également les travailleurs de chaque groupe opprimé telle que « l’armée industrielle de réserve » des chômeurs et les travailleurs non salarié comme ceux qui demeurent à la maison avec les enfants, par exemple, et qui aident à la reproduction de la force de travail.

A partir de là, il devient clair que la solidarité des travailleurs peut exister que par un combat permanent contre toutes ces formes d’oppression qui divisent ces différents groupes l’un contre l’autre. C’est pourquoi Lénine insistait sur le fait que les socialistes ne devaient pas simplement agir comme des secrétaires syndicaux mais plutôt comme des « tribuns des opprimés ». C’est également pourquoi Marx nommait la classe laborieuse moderne la « classe universelle ». Il était conscient que pour que les travailleurs gagnent leur liberté ils devaient se battre collectivement pour une véritable démocratie. C’est aussi parce qu’il comprenait la classe laborieuse dans son sens large qu’il considérait que si « l’auto-émancipation » devait se gagner dans une lutte contre la classe capitaliste, elle ne pouvait finalement vaincre qu’au travers une émancipation totale de l’humanité.

Le retour de la résistance

En conclusion, si la possibilité d’une alternative socialiste au capitalisme prend racine dans ces formes quotidiennes de solidarité pratiquées par le travailleur collectif, c’est surtout parce que le mouvement ouvrier est en recul depuis les années 1980 que cette image d’une alternative au capitalisme a cessé d’être en faveur.

Le retour des grèves de masse de l’Egypte à la Grèce en passant par la Grande-Bretagne créé les possibilités d’un tournant. Les anti-capitalistes peuvent faciliter ce processus en établissant des liens entre le mouvement ouvrier. Nous espérons que cet article a donné des éléments leur permettant d’en comprendre la nécessité : la solidarité des travailleurs a la capacité non seulement de renverser le capitalisme mais également de le remplacer par une alternative socialiste et démocratique.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s