Education et formation/Suisse

Des taxes universitaires de 8000 francs par année en Suisse?

«Cherche riche concubin pour financer mes études», Saint-Gall, mai 2012

La Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique a publié en mars dernier un document dont le titre constitue un euphémisme pour ses intentions: Taxes d’études socialement acceptables. En d’autres termes: une augmentation généralisée des taxes pondérée par une phraséologie vague sur la nécessaire «acceptabilité sociale». Celle-ci fait l’impasse sur le fait que la Suisse, malgré une tendance à la hausse, reste l’un des derniers de classe parmi les pays de l’OCDE pour ce qui est de la proportion de la population ayant accès aux études supérieures.

Il n’a pourtant pas été nécessaire d’attendre la publication de ce document pour constater une augmentation de la part des frais de scolarité à la charge des étudiant·e·s oscillant entre 6 et 20% pour 10 universités sur 12. Les taxes se situent dans une fourchette située entre 1’000 et 4’000 francs par année pour les étudiant·e·s suisses et respectivement entre 1’000 et 8’000 francs pour ceux de nationalité étrangère.

Ces chiffres, déjà significatifs, préludent à des hausses futures. L’Université de Saint-Gall est la dernière en date, après celles de Berne et de Zurich, à avoir annoncé le relèvement des frais de scolarité. Cette hausse s’est opérée dans le cadre d’une réduction budgétaire décidée au niveau cantonal. À partir de 2014, la hausse sera de 400 à 800 francs pour les cursus en master, de 2’900 à 4’800 francs pour ceux et celles qui prolongent leurs études et de 2’000 à 3’000 francs pour les étrangers. Une mesure qui a sucité la protestation des étudiant·e·s. Une augmentation des taxes est prévue également pour l’École polytechnique fédérale de Lausanne (2’500 francs par année, contre 1’200 aujourd’hui). Le relèvement des taxes pourrait même atteindre 8’000 francs par année si l’on en croit Mauro Dell’Ambrogio – secrétaire d’Etat à la Formation, à la recherche et à l’innovation (Tages-Anzeiger, 20.12.2010).

Marchandisation ou démocratisation des études?

Ces exemples montrent que la ratification des accords de Bologne, en 1998, a été un levier pour accroître la marchandisation des hautes écoles sur la base d’une hiérarchisation des diplômes, de la standardisation des cursus (basée sur l’obtention de crédit ETCS) et l’augmentation des taxes. Cet ensemble s’achèvera par la mise en place d’un véritable marché européen de l’éducation.

Au-delà de ces aspects, deux questions se posent. Tout d’abord celle relative à la finalité des études. Est-il question de conserver un système universitaire de plus en plus basé sur les besoins diversifiés de nombreuses entreprises (de Rolex à la pharma en passant par Nestlé et les banques), autant en termes de «formatage» du type d’apprentissages que de l’appropriation privée des recherches? Ou voulons-nous défendre un projet de démocratisation des études permettant la réduction des inégalités sociales et la satisfaction des besoins sociaux? Une bataille sociale et politique est nécessaire pour œuvrer en ce sens. C’est ce que nous montrent, dans les conditions qui sont les leurs, les mouvements étudiants chiliens et québécois. Il est temps en Suisse d’envisager de mettre à l’ordre du jour ces questions, lesquelles, outre une opposition aux hausses des frais de scolarité, passent par le développement des bourses d’études ainsi que par des politiques publiques en matière de logement et de gratuité des transports.

(Article paru dans le journal Cercle La brèche n.3, juin 2012)

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