Hal Draper

Le socialisme en débat (III)

«Qu’est-ce que le socialisme-à-partir-d’en-bas ?»
La social-démocratie à l’ombre de l’Etat

Dans cette troisième partie (voir les précédentes sur notre blog aux dates des 10 et 15 octobre), l’auteur met en lumière l’influence d’une conception étatiste du socialisme qui marquera la social-démocratie dès sa naissance. Les influences de Lassalle ou des fabiens sont souvent méconnues. Pourtant, on les retrouve dans la mise en oeuvre des choix stratégiques de la social-démocratie.

Par Hal Draper

Le véritable modèle de la social-démocratie moderne – c’est-à-dire le Parti social-démocrate allemand [au cours de la période allant de la fin du XIXe siècle aux années 50-60 du XXe] – est souvent présenté comme s’il s’était développé à partir d’un fondement marxiste. Cela constitue un mythe comme beaucoup d’autres qui jalonnent l’histoire du socialisme. Certes, l’impact de Marx était fort, y compris sur un certain nombre de dirigeants, tout au long d’une période historique.

Néanmoins, la politique de la social-démocratie qui se développa et imprégna finalement le parti provient, avant tout, de deux autres sources. La première remonte à Ferdinand Lassalle1 qui a créé le socialisme allemand en tant que mouvement organisé (en 1863, Lassalle fonde l’Allgemeiner deutscher Arbeiterverein – Association générale allemande des travailleurs). L’autre provient du mouvement fabien 2 anglais, qui a inspiré le «révisionnisme» d’Eduard Bernstein 3.

Ferdinand Lassalle est le prototype du socialiste d’Etat, c’est-à-dire de quelqu’un qui vise à atteindre le socialisme en quelque sorte par le biais d’un don qui serait effectué par l’Etat existant. Lassalle n’était pas le premier exemple de ce type ; il y eut auparavant Louis Blanc [1811-1882, connu entre autres pour son initiative d’ateliers nationaux]. Toutefois, pour ce qui a trait à Ferdinand Lassalle, il faut savoir que l’Etat existant était celui du Kaiser sous le règne de Bismarck.

L’Etat, disait Lassalle aux travailleurs, constitue un facteur qui «pourra réaliser pour chacun d’entre nous ce qu’aucun d’entre nous ne peut réaliser pour lui-même». Marx proposait exactement le contraire: la classe ouvrière (les salariés) devait mener à bien, elle-même, sa propre émancipation et, dans le cours de cette conquête, abolir l’Etat existant. Eduard Bernstein avait raison en affirmant que Lassalle «rendait un véritable culte» à l’Etat. Devant un tribunal prussien, Lassalle déclara: «Je défends avec vous, contre ces modernes barbares [la bourgeoisie libérale], l’Etat, cette vestale qui garde le feu immémorial de la civilisation.» Cela faisait de Marx et de Lassalle des «opposants fondamentaux», comme le souligne le biographe de Lassalle Footman 4 qui a mis en relief les positions pro-prussiennes, pro-nationalistes prussiennes, pro-impérialistes prussiennes de Lassalle.

Lassalle organisa le premier mouvement socialiste allemand comme devant obéir à sa dictature personnelle. De façon très consciente, il engagea sa construction comme un mouvement venant d’en bas pour construire un socialisme venant d’en haut. Son objectif était de convaincre Bismarck de faire quelques concessions, particulièrement sur le terrain du suffrage universel. Sur cette base, un mouvement parlementaire, sous la conduite de Lassalle, aurait pu devenir un allié de masse de l’Etat bismarckien contre la bourgeoisie libérale.

Otto von Bismarck

Dans ce but, Lassalle a effectivement tenté de négocier avec le chancelier de fer. Lassalle envoya à Bismarck les statuts – de type dictatorial – de son organisation, les présentant comme «la constitution de mon royaume que peut-être vous m’envierez». Lassalle continuait ainsi: «Mais cet exemple miniature sera suffisant pour faire la démonstration de ce fait avéré: la classe ouvrière ressent une inclination instinctive en faveur de la dictature, si elle peut à juste titre se persuader que la dictature sera exercée dans son intérêt. Et, malgré les points de vue républicains – ou précisément à cause d’eux -, cette classe ouvrière serait dès lors encline, comme je vous l’ai dit il y a peu, à voir dans la couronne, en opposition à l’égoïsme de la société bourgeoise, le représentant naturel de la dictature sociale, si la couronne, de son côté, pouvait se rendre à l’idée – ce qui est certainement très improbable – d’avancer une orientation réellement révolutionnaire et de se transformer elle-même de monarchie en faveur d’ordres privilégiés en une monarchie sociale et révolutionnaire du peuple.»

Bien que cette lettre secrète n’ait pas été connue à l’époque, Marx avait parfaitement saisi la nature du lassallisme. Il lança à la face de Lassalle qu’il était un «bonapartiste». Il écrivit de façon prémonitoire que «son attitude est celle d’un futur dictateur ouvrier». Il caractérisa la tendance de Lassalle comme «un socialisme royal prussien gouvernemental» et dénonça son «alliance avec les opposants absolutistes et féodaux contre la bourgeoisie libérale».

«Au lieu d’envisager un processus révolutionnaire de transformation de la société», écrivait Marx, Lassalle envisageait le socialisme comme issu «de l’aide de l’Etat que ce dernier apporterait aux sociétés coopératives de production, socialisme que l’Etat et non pas les travailleurs engendrerait». Marx ridiculisait cette perspective. Il écrivait: «En ce qui concerne les sociétés coopératives actuelles, dans la mesure où elles sont concernées, elles possèdent une valeur seulement si elles sont des créations indépendantes des travailleurs et non des structures protégées du gouvernement ou de la bourgeoisie.» On trouve ici une affirmation classique éclairant le sens du terme indépendant comme étant la pierre angulaire distinguant le socialisme à partir d’en bas par rapport au socialisme étatique. […]

Le modèle fabien

En Allemagne, derrière la figure de Lassalle, vont surgir une série de «socialismes» se développant dans une direction qui mérite notre intérêt.

Lesdits socialistes académiques (les socialistes des chaires universitaires: Kathedersozialisten, un courant de l’establishment académique) plaçaient leurs espérances en Bismarck encore plus ouvertement que Lassalle. Mais leur conception d’un socialisme d’Etat n’était pas, quant aux principes, éloignée de celle de Lassalle. Si ce n’est que ce dernier se risquait à promouvoir un mouvement de masse partant d’en bas pour mettre en úuvre sa perspective ; risqué donc, parce qu’une fois enclenché, ce mouvement pouvait lui échapper des mains, comme cela s’est produit plusieurs fois dans l’histoire.

Bismarck lui-même n’hésita pas à présenter ses mesures de politique économique paternalistes comme une sorte de socialisme. Des livres ont été écrits sur le «socialisme monarchique» ou encore le «socialisme d’Etat bismarckien»…

En se déplaçant encore plus à droite, on arrive au «socialisme» de Friedrich List5, en quelque sorte un protonazi, pour atteindre finalement des cercles où l’anticapitalisme est une forme de l’antisémitisme (E. Dühring 6, A. Wagner) qui forgeront des éléments du mouvement qui se qualifiera de socialiste sous Adlof Hitler. L’élément qui réunit cet éventail, au-delà de toutes les différences, consiste dans la conception d’un socialisme qui équivaut, pour l’essentiel, à une intervention de l’Etat dans la vie économique et sociale. Comme le déclarait Lassalle: «Etat, prends en charge les choses.» C’est ce socialisme qui est le propre de tout ce courant.

Sidney et Béatrice Webb

C’est pour cette raison que Schumpeter 7 observe avec justesse que l’équivalent britannique du socialisme d’Etat germanique est le socialisme de Sidney Webb 8, le «fabianisme».

Les fabiens (plus exactement les webbiens) sont, dans l’histoire des idées socialistes, le courant socialiste moderne qui a consommé de la façon la plus radicale son divorce avec le marxisme ; il est le plus éloigné du marxisme. C’était un réformisme social-démocrate presque chimiquement pur, sans aucun mélange, particulièrement avant la montée du mouvement de masse et socialiste en Grande-Bretagne, mouvement que les fabiens ne désiraient pas et qu’ils n’ont pas aidé à construire (malgré un mythe très répandu qui prétend le contraire). Les fabiens constituent dès lors une expérience très importante par rapport à d’autres courants réformistes qui payaient leur tribut au marxisme, adoptant une partie de son langage, mais le distordant dans sa substance.

Les fabiens clairement issus des classes moyennes au plan de leur extraction sociale et de leur champ d’influence ne voulaient en aucune mesure construire un mouvement de masse et encore moins un mouvement de masse fabien.

Ils se pensaient comme une petite élite de conseillers intellectuels qui pourraient imprégner les institutions sociales existantes, influençant ainsi les dirigeants réels aussi bien dans la sphère conservatrice que libérale [allusion aux deux partis bourgeois conservateur et libéral qui monopolisaient alors la sphère politique anglaise] en impulsant le développement social en direction de son objectif collectiviste avec la force d’un «gradualisme imparable». Dans la mesure où leur conception du socialisme reposait dans la seule intervention de l’Etat (au niveau national et municipal) et que leur théorie indiquait que le capitalisme lui-même était en train de développer des tendances collectivistes, rapidement, jour après jour, et qu’il devait poursuivre dans cette direction, leur fonction consistait simplement à hâter ce processus [lune idée analogue règne dans la social-démocratie lors de l’adoption du programme dit de Bade Godesberg en Allemagne ou de Winterthour en Suisse, 1958-1959]. La société fabienne fut conçue en 1884 comme devant être le poisson pilote d’un requin. Tout d’abord, le requin fut le Parti libéral ; mais lorsque l’influence sur le libéralisme échoua misérablement et que le Travail aboutit finalement à constituer son propre parti de classe [Labour Party] malgré les fabiens, le poisson pilote rejoignit simplement ce dernier.

Il n’y a peut-être aucune autre tendance socialiste qui, aussi systématiquement et consciencieusement, a élaboré une théorie du socialisme à partir d’en haut. La nature de ce mouvement a été identifiée très vite, même si, par la suite, son caractère a été obscurci lorsque le fabianisme s’est intégré dans l’ensemble du réformisme travailliste.

Un dirigeant socialiste chrétien au sein de la Fabian Society attaqua une fois Webb comme un «collectivisme bureaucratique» (c’est peut-être là la première utilisation de ce terme). Le livre, une fois fameux, de Hilaire Belloc 9, L’Etat servile, publié en 1912, fut largement provoqué par le «collectivisme idéal» de Webb qui était pour l’essentiel bureaucratique. G.D.H. Cole [historien anglais de renom du mouvement ouvrier, membre de la société fabienne] rappelait que «les Webb à cette époque aimaient à dire que toute personne active en politique était soit un «a», soit un «b» – soit un anarchiste, soit un bureaucrate – et que eux étaient des «b». Ces caractérisations servent tout juste à transmettre le sens effectif du collectivisme des Webb qu’était le fabianisme. C’était une orientation complètement dirigiste (managériale), technocratique, élitiste, autoritaire, «planificatrice». Webb aimait à utiliser le terme d’influence (de manúuvre) comme synonyme de politique.

Une publication du courant fabien écrivait qu’ils voulaient être «les jésuites du socialisme». Leur évangile était l’Ordre et l’Efficacité. Le peuple, qui devait être traité avec indulgence, n’était apte qu’à être dirigé par des experts compétents. La lutte de classes, la révolution, les soulèvements populaires relevaient de la folie, de la démence. Dans l’ouvrage Le fabianisme et l’empire, l’impérialisme était loué et accepté. Si une fois le mouvement socialiste a développé son propre courant collectiviste bureaucratique, ce fut bien dans ce cas.

On a pu penser que le socialisme était essentiellement un mouvement à partir d’en bas, un mouvement de classe, écrit un représentant du fabianisme, Sidney Ball, afin de détourner de cette idée le lecteur ; mais, continue Ball, les socialistes maintenant «abordent la question sous un angle scientifique plutôt que populaire ; ce sont des théoriciens des classes moyennes», s’enorgueillent-ils. Il en arrive à affirmer qu’il existe une claire rupture entre le socialisme de la rue et le socialisme de l’académie.

Les séquelles de cela sont bien connues, quoique le plus souvent camouflées. Alors que le courant fabien comme tendance spécifique a disparu en 1918 dans le mouvement beaucoup plus large du réformisme travailliste, les dirigeants fabiens ont adopté une autre direction.

Aussi bien Sidney et Beatrice Webb que Bernard Shaw 10 – le trio le plus connu de la Fabian Society – devinrent des supporters par principe du totalitarisme stalinien des années 30. Antérieurement Bernard Shaw, qui pensait que le socialisme nécessitait un superman, en avait trouvé plus d’un. Il avait appuyé Mussolini et Hitler en tant que despotes bienveillants devant faire cadeau du «socialisme» aux rustres. Il fut déçu que ces despotes n’aient pas aboli effectivement le capitalisme. En 1931, Shaw déclara, après une visite en URSS, que le régime de Staline était le fabianisme mis en pratique. Les Webb de même se rendirent à Moscou et y trouvèrent Dieu. Dans leur ouvrage Le communisme soviétique: une nouvelle civilisation ?, ils prouvaient (à partir des documents fournis par Moscou et des propres déclarations de Staline, minutieusement analysées) que la Russie était la plus grande démocratie du monde. Staline n’était pas un dictateur. L’égalité totale régnait. La dictature du parti unique était nécessaire. Le Parti communiste était une élite complètement démocratique qui conduisait vers la civilisation les esclaves et les Mongols (mais pas les Anglais !). La démocratie politique avait échoué dans tous les pays d’Occident et il n’y avait aucune raison à ce que les partis politiques doivent survivre dans notre époque. Ils appuyèrent fermement Staline et les procès de Moscou ainsi que le pacte Hitler-Staline, sans qu’aucune nausée puisse être observée.

Ils moururent en étant des pro-staliniens acritiques d’un type qu’aujourd’hui [Draper écrit en 1966] on ne pourrait même pas rencontrer au sein du bureau politique du Parti communiste de l’URSS.

George Bernard Shaw

Comme Bernard Shaw l’a expliqué, les Webb n’avaient que du mépris pour la Révolution russe en tant que telle: «Les Webb ont attendu jusqu’à ce que le changement [révolution] se termine par la destruction et les ruines, jusqu’à ce que les erreurs soient corrigées et que l’Etat communiste soit vraiment lancé.» C’est-à-dire qu’ils ont attendu jusqu’à ce que les masses révolutionnaires aient été enfermées dans une camisole de force, que les dirigeants de la révolution aient été destitués et que la tranquillité efficace de la dictature se soit imposée sur la scène, autrement dit que la contre-révolution soit fermement établie. C’est alors que les Webb arrivent pour déclarer l’idéal accompli.

Cela relève-t-il d’une incompréhension gigantesque, d’une erreur incompréhensible ? Ou bien les Webb n’avaient-ils pas raison de penser que cela [l’Etat stalinien] représentait ce «socialisme» qui entrait en correspondance avec leur idéologie, certes au prix d’un peu de sang. Le tournant du fabianisme – qui visait à influencer les classes moyennes – en direction du stalinisme représentait le pivotement d’une porte autour de la charnière du socialisme à partir d’en haut.

William Morris

Lorsque l’on jette un regard quelques décennies avant le tournant du siècle qui vit le courant fabien se développer à l’échelle internationale surgit une autre figure. C’est l’antithèse des Webb. Cette personnalité du socialisme révolutionnaire, William Morris 11, devint un socialiste et un marxiste au cours des années 1880. Les écrits de Morris expriment dans toutes ses dimensions l’esprit du socialisme à partir d’en bas, au même titre où chaque ligne des Webb traduit l’opposé. Cette orientation se fait peut-être la plus claire dans son attaque dévastatrice du courant fabien, ainsi que dans sa dénonciation du «marxisme» britannique à la Lassalle représenté par le dictatorial H.M. Hyndman 12. Il en va de même dans sa dénonciation du socialisme d’Etat et son aversion pour l’utopie bureaucratique collectiviste de Bellamy13, présenté dans l’ouvrage Looking backward.

Les écrits socialistes de Morris sont traversés d’une insistance sur tous les aspects de la lutte de classes. Et pour ce qui a trait au socialisme futur, son News from nowhere fut écrit comme une antithèse à l’ouvrage de Bellamy. Morris nous avertit que «les individus ne peuvent pas se défaire des problèmes de la vie sur les épaules d’une abstraction nommée l’Etat, mais doivent faire face à ces questions au travers d’une association consciente des uns avec les autres… La diversité vivante est tout autant un but pour un vrai communisme que l’égalité en est une condition et… rien, si ce n’est l’unité de ces deux dimensions, ne pourra conduire à une véritable liberté.»

«Y compris certains socialistes, note Morris, sont capables de confondre la machine coopérative vers laquelle tend la vie moderne avec l’essence du socialisme lui-même.» Il en découle «le danger que la communauté dégénère en bureaucratie». Ainsi, il exprimait sa crainte face à une bureaucratie collectiviste se pointant dans le futur. Réagissant violemment contre le socialisme d’Etat et le réformisme, il retourne à une position antiparlementaire, mais il ne tombe pas dans le piège anarchiste: «Les gens devront s’associer dans l’administration et, quelquefois, il y aura des différences d’opinion… Que faire ? Quel parti devra céder ? Nos amis anarchistes affirment que cela ne doit pas être décidé par une majorité. Dans ce cas, la décision relèvera d’une minorité. Et pourquoi ? Y a-t-il un droit divin en faveur des minorités ?»

Ces remarques visent le coeur de l’anarchisme beaucoup plus profondément que l’opinion commune qui voudrait que l’inconvénient avec l’anarchisme réside dans son hyperidéalisme.

William Morris contre Sidney Webb. Voilà une façon de résumer cette histoire [des deux branches du socialisme à partir d’en bas et du socialisme à partir d’en haut]. (A suivre)

Notes

1. Ferdinand Lassalle (1825-1864) était en contact avec Marx. Des divergences éclatèrent, entre autres à propos de l’orientation de Lassalle en direction de l’Etat prussien [on peut lire sur ce blog un texte de Lassalle intitulé « qu’est-ce qu’une Constitution? »].

2. En octobre 1883, Edith Nesbit et Hubert Bland décident de former un groupe de débat socialiste avec leur ami quaker (groupement religieux protestant) Edward Peace. En janvier 1884 se formera la Fabian Society (les fabiens). Le nom fait référence à l’histoire romaine: le général Quintus Fabius Maximus avait choisi contre le Carthaginois Hanibal la stratégie d’affaiblissement de l’opposition par des opérations de harcèlement, évitant des batailles frontales. Dès mars 1884, un nombre significatif d’intellectuels rejoignent la Fabian Society. Parmi eux, il faut mentionner Sidney et Beatrice Webb, George Bernard Shaw, Ramsay MacDonald. En 1889 sont publiés les Fabian Essays on Socialism («Essais fabiens sur le socialisme») qui incluent des chapitres écrits par G. B. Shaw, S. Webb, Hubert Bland. Cet ouvrage deviendra une référence. En 1952, Clement Attlee affirmera qu’il s’agit du «premier exposé cohérent d’une philosophie gradualiste par opposition aux doctrines utopiques ou catastrophiques». Eduard Bernstein subira la forte emprise de cette doctrine «fabienne».

3. Eduard Bernstein (1850-1932) développa sa vision «révisionniste» de la théorie marxiste dans une série d’articles de la revue du Parti social-démocrate Die Neue Zeit entre 1896 et 1898, articles regroupés sous le titre Probleme des Sozialismus.

4. David Footman, The primrose path: a life of Ferdinand Lassalle, London, The Cresset Press, 1946.

5. Friedrich List (1789-1846), économiste, homme politique, inspirateur du «nationalisme économique». Pour List, le libre-échangisme servait à camoufler les intérêts de l’impérialisme britannique. List développa toute une théorie de la nation et de son évolution.

6. Eugen Dühring (1833-1921) écrivit deux ouvrages au début des années 1870 – Kritische Geschichte der nationale Oekonomie und des Sozialismus et Cursus der Philosophie als streng wissenschaftlicher Weltanschauung und Lebensgestaltung – qui eurent un impact auprès de dirigeants sociaux-démocrates allemands tels qu’Eduard Bernstein et même August Bebel. Karl Liebknecht demanda à Engels d’engager une critique de ses oeuvres. Ce dernier le fit entre 1876 et 1878. Ses articles furent réunis et publiés en 1878 dans l’ouvrage actuellement connu sous le titre de L’anti-Dühring.

7. Joseph Aloys Schumpeter (1883-1950). Draper fait ici allusion à un des ouvrages les plus connus de cet économiste de renom, Capitalisme, socialisme et démocratie, publié en 1942.

8. Sidney Webb (1859-1947). Au sein de la Fabian Society il écrit divers ouvrages, argumentant en faveur d’une réforme: Facts for Socialists, 1887, Facts for Londoners, 1888, The Eight Hour Day, 1891. Webb considérait que l’inspirateur du socialisme anglais était Robert Owen et non pas Karl Marx. En 1891, Beatrice Potter prend contact avec Sidney Webb à propos des recherches qu’elle effectue sur le mouvemement coopératif. Beatrice Potter épousera Sidney Webb. En 1932, les Webb visitent l’Union soviétique et publient en 1935 l’ouvrage Soviet Communism: A New Civilization ? En 1942, ils publieront un nouvel ouvrage favorable à l’URSS stalinienne, intitulé The truth about Soviet Russia. Beatrice Webb meurt en 1943.

9. Hilaire Belloc (1870-1953) a été un auteur catholique très prolixe. Il dirigeait un hebdomadaire politique The Eye-Witness – auquel ont collaboré G. B. Shaw et H.G. Wells. En 1911, il publia un livre intitulé The Party System. Dans son ouvrage de 1912, L’Etat servile, il attaquait les réformes proposées par ses anciens amis de la société fabienne, d’un point de vue de droite.

10. George Bernard Shaw (1856-1950) est né à Dublin. Il se rendra à Londres en 1876 et adhérera aux idées socialistes au début des années 1880. Il aura des liens avec William Morris, Eleanor Marx dans la Fédération sociale démocratique. Puis dans le cadre de la Fabian Society, il collaborera étroitement avec Webb. Il rejoindra le Parti travailliste en 1906 et restera attaché aux idées socialistes jusqu’à sa mort. Conjointement à ses activités politiques, à son talent de vulgarisateur des idées socialistes, il a été un romancier, un critique littéraire et un auteur dramatique de premier plan.

11. William Morris (1834-1896) a eu une activité de poète, de romancier, de traducteur, de peintre, de rénovateur des arts décoratifs. Il a joué un rôle dans le mouvement socialiste anglais. Il s’engagea tout d’abord contre la guerre menée par le gouvernement conservateur d’Israeli contre la Russie entre 1876 et 1878. En 1983, Morris rejoint la Fédération démocratique qui sera très vite renommée Fédération sociale démocratique. En décembre 1884, avec le soutien d’Engels, Morris sortira de cette organisation pour créer la Ligue socialiste. Cette organisation sera clairement anti-parlementariste.

12. Henry Mayers Hyndman (1842-1922). Jusqu’en 1880, Hyndman a une position de démocrate mais cultive des liens avec les conservateurs (Tories). Il adhérera à la Fédération sociale démocrate en 1881 après une lecture du Capital. En 1914, il sera un patriote ardent et sera favorable à l’intervention impérialiste contre la Révolution russe.

13. Edward Bellamy (1850-1898), auteur de Looking backward 2000-1887, publié en 1888. Ce livre dit utopique a eu un succès considérable. William Morris, dans une conférence à propos de cet ouvrage, souligne que ce dernier «ne devrait pas être pris comme la bible socialiste de la reconstruction, un danger auquel peut-être il n’échappera pas».

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