Chili/Education et formation

Chili: une école de lutte contre le néolibéralisme

La rébellion des étudiant·e·s chiliens contre le modèle d’enseignement privatisé qui prévaut dans ce pays montre que le néolibéralisme est l’ennemi d’une éducation publique gratuite et de qualité.

L’année scolaire passée est entrée dans les mémoires collectives des habitant·e·s du Chili comme le réveil d’une société qui semblait s’être résignée à un modèle économique néolibéral imposé pendant la dictature de Pinochet [entre 1973 et 1990, après le renversement, en 1973, du gouvernement d’Unité populaire du socialiste Salvador Allende].

Les premières protestations estudiantines massives ont mis en avant une rupture avec un système resté inchangé depuis les gouvernements de la Concertación [Concertation des partis pour la démocratie, coalition de quatre partis – dont le parti socialiste et le parti démocrate-chrétien]  – la coalition de «centre-gauche» qui s’est maintenue au pouvoir depuis la fin de la dictature jusqu’en 2010 – et l’actuel gouvernement de la coalition de droite Coalición por el Cambio [Coalition pour le Changement, coalition de trois partis de la droite chilienne], dirigée par l’homme d’affaire milliardaire Sébastian Piñera.

Les revendications des étudiants ne se limitent pas à l’amélioration de l’éducation, mais elles proposent aussi une rupture avec le modèle néolibéral, parce que ce dernier n’est pas viable et qu’il encourage les inégalités sociales dans un pays qui a le triste mérite d’être au sommet de la  liste en cette matière: «On est un de symptômes de la détérioration et du discrédit de cette société mercantile», assure Cristian Villagran, porte-parole dans la Región Metropolitana [région de la capitale, Santiago du Chili] de l’Asociación de estafados por el crédito Corfo [ndr. Association des personnes escroquées par le crédit Corfo, Corfo est un crédit pour les étudiants, voir plus en bas].

Les étudiants du collège sont les leaders

Aujourd’hui, les mobilisations estudiantines sont toujours vives et ce sont les étudiants du collège qui en attisent la flamme. La population universitaire les suit, appuyée par d’autres couches de la société, même si on remarque qu’une certaine fatigue, accumulée après une année 2011-2012  de mobilisation intense.

Une chose reste toutefois claire: les étudiant·e·s ne vont pas s’assoupir une nouvelle fois et la devise de l’année passée reste la même: «Education publique gratuite, équitable, laïque et de qualité». Le malaise qui a explosé dans la rue s’est répandu depuis les collèges (institutos), après avoir longuement mûrit dans les salles de classe.

«Los secundarios» [les étudiant·e·s du collège], comme ils et elles sont dénommé·e·s au Chili, ont été les pionniers d’une série des mobilisations dans lesquelles ils et elles ont joué le rôle principal au coude à coude avec les étudiant·e·s des universités, rejoints ensuite par d’autres acteurs comme les associations de parents d’élèves, de travailleurs et la société civile en général.

Ce n’est pas la première fois que les étudiant·e·s du collège prennent l’initiative. Au cours des dernières années, ils et elles sont devenu·e·s les acteurs de quelques-uns des épisodes les plus combatifs et influents au sein de la société. En 2006, ils et elles ont fait la «Revolución Pingüina» [la «révolution des pingouins», appellation faisant référence au surnom donné aux collégiens en raison de leurs uniformes] au cours de laquelle ils et elles revendiquaient une série de mesures concrètes que l’on retrouve dans les revendications actuelles.

Bien qu’ayant à l’esprit la mémoire de la dictature, cette génération n’est pas atteinte du traumatisme qui atteint les générations antérieures.

De Arica à Punta Arenas

Au cours des dernières semaines, une vague de mobilisations s’étendue à tout le Chili: occupations de collèges, grèves universitaires, actions dans la rue, protestations contre la répression, occupations des sièges des parties politiques, etc. Un des points culminants de cette vague a été la manifestation du 28 août, qui a fait sortir dans la rue quelque 150’000 personnes à Santiago et qui a été propagée dans tout le pays de Arica [à l’extrêmité nord du pays] à Punta Arenas [l’extrême sud]. Personnes âgées, mères, pères, enfants, économistes, historiens, professeurs, travailleurs…Pour résumer, les personnes et les organisations de toutes sortes ont accompagné les étudiant·e·s dans les rues de tout le pays.

La journée du 28 août a été la plus massive de l’année et s’est déroulée seulement une semaine après que le ministre de l’éducation, Harald Beyer, avait dit que «les marches ne sont pas importantes et que les étudiant·e·s ne suivent pas leurs dirigeants.» En ce sens, le président de la Federación de Estudiantes de la Universidad de Chile [Fédération des étudiant·e·s de l’Université du Chili], Gabriel Boric, a affirmé que «le gouvernement a déclaré que nous étions une minorité: aujourd’hui on a vu une réponse claire et massive aux appels à la mobilisation. Le gouvernement a dit que nous étions divisés: aujourd’hui on a donné un signe clair d’unité. Le gouvernement a dit que nous n’avions pas de propositions et que nous sommes intransigeants: nous avons démontré que oui,  nous avons bien des propositions et que l’on est disposé à les discuter.»  

Négociations infructueuses

Se prononçant sur cette marche, le porte-parole de la Federación de Estudiantes Mapuches [la Fédérations des étudiant·e·s Mapuches], Víctor Ancalao, a déclaré que «ce gouvernement doit arrêter de se moquer de nous et changer ses manières de faire parce que ce mouvement étudiant est de retour, en force.»

Une des personnes présentes à la manifestation, l’historien Sergio Grez [voir, ci-dessous, la traduction d’un entretien qu’il a accordé à une revue], assurait qu’«une rupture s’est créée avec les années de léthargie des mouvements et organisations sociales, dû à l’impact autant de la terreur dictatoriale, que des effets du modèle néolibéral qui tend à atomiser la population, ainsi que de l’emprise des grands moyens de communication qui désinforment et idiotisent, et, enfin, de la politique de cooptations des directions des mouvements sociaux menées par la la Concertación. Les effets de ces éléments se sont atténués au cours du mouvement de 2011.»

Les protestations de 2011 ont provoqué la chute de deux ministres de l’éducation et fait s’effondrer la popularité de Sebastián Piñera. Les négociations avec lui n’ont pas eu de suite. Il semble que les deux parties ne parviennent pas à se mettre d’accord, puisque Gabriel Boric a déclaré que «les projets du gouvernement n’avancent pas parce qu’ils ne parviennent pas à obtenir un consensus des acteurs présents à la table des négociations.» C’est dans ce climat que la Loi Hinzpeter [du nom du ministre de l’Intérieur, son nom complet est «Loi renforçant la sauvegarde de l’ordre public», dite « loi Hinzpeter », voir, par exemple: http://colocolo.canalblog.com/archives/2012/07/09/24671524.html] a été récemment adopté. Ses critiques affirment qu’elle sanctionne n’importe quel type de manifestation sociale et ils indiquent qu’il s’agit, en fait, d’une loi anti-protestation [il y a là un parallèle, parmi de nombreux autres, à établir avec la loi 12 adoptée par le gouvernement Charest en mai 2012, rapportée par le nouveau gouvernement – voir nos articles sur ce blog].

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L’éducation considérée comme un bien marchand

Le Chili possède l’un des systèmes d’enseignement supérieur le plus privatisé du monde. Il est aussi l’un des plus chers, financé à 80% par les familles et par moins de 20% par l’État. Pour donner un accès aux populations les plus vulnérables, il existe des crédits universitaires, comme le CAE [littéralement, Crédit disposant de l’aval de l’Etat] ou le Corfo.

Ce sont des entités financières qui les octroient et ces crédits doivent donc être remboursés aux taux  d’intérêts bancaires.

La différence la plus importante entre les deux est que le crédit CAE nécessite l’aval de l’État alors qu’il faut celui d’un proche parent du bénéficiaire pour le Corfo. Aujourd’hui, nombre de personnes sont en conséquence endettées jusqu’au cou. L’éducation jusqu’au niveau supérieur est municipalisée, puisque le Ministère de l’Éducation avait délégué à l’époque de Pinochet l’administration des établissement éducatifs aux administrations locales.

Les critiques adressée à la municipalisation de l’éducation résident dans le fait que, alors que les institutions privées ou contractuelles possèdent beaucoup de ressources, les municipales reçoivent un financement faible, ce qui affecte les résultats académiques des élèves appartenant aux couches les plus modestes de la population. (traduction Cercle la brèche d’un article publié par le périodique en ligne de l’Etat espagnol Diagonal)

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Chili: «Il faut une convergence des mouvements sociaux»

Sergio Grez, docteur en histoire et professeur à la Faculté des sciences humaines et de l’éducation de l’Université du Chili, n’est pas homme à analyser les processus depuis son confortable fauteuil. Son aire d’intérêt principal étant les mouvements populaires au Chili, il s’engage, connaît les acteurs principaux de ceux-ci et enrichit son analyse de sa propre expérience. Auteur de plusieurs livres et articles, il a, tout au long de cette période du mouvement étudiant, transcrit des conversations qu’il a eues avec des centaines de jeunes de différents lycées et universités du pays ayant émis le souhait de lui exposer leur point de vue. Voir, sur ce site, les divers articles consacrés au dernier mouvement étudiant, sous la rubrique Chili. (Réd. A l’encontre)

Dans l’histoire du Chili, le mouvement étudiant a-t-il jamais obtenu des transformations profondes dans le champ social ou politique ?

Nous pourrions dire que durant le 19ème siècle le mouvement étudiant s’est manifesté de manière sporadique à l’occasion de certaines mutineries à l’Institut National [fondé en 1813, divers présidents y ont passé] contre la discipline de fer y régnant, mais le mouvement étudiant en tant que tel n’a commencé à se développer qu’au 20ème siècle. La Fédération des Etudiants de l’Université du Chili, la Fech, fondée en 1906, a commencé à avoir une certaine force dans les années 1920. Celle-ci n’a pas seulement avancé des revendications propres, mais elle a aussi commencé à établir des liens avec le mouvement ouvrier. Il y avait alors certains dirigeants importants de tendance anarchiste marquée qui entretenaient ces liens.

Bientôt, le mouvement va prendre plus de force et s’étendre vers d’autres régions et types d’enseignement, se développant plus ou moins en articulation avec d’autres mouvements populaires, en particulier avec le mouvement ouvrier. A tel point, qu’il va être le protagoniste de profonds changements sociaux et politiques. Par exemple, en 1931, nous pourrions dire que l’avant-garde du mouvement qui a renversé la dictature de Ibáñes [Carlos Ibáñes Campo devient président, de facto, en 1927, suspend les élections et gouverne par décrets] ce furent les étudiants et plus particulièrement ceux de l’Université du Chili. Si des travailleurs et des citoyens ont certes participé aux événements, leur rôle fut cependant moins important.

Ainsi, successivement, nous allons rencontrer le mouvement estudiantin dans tous les grands moments qui ont accompagné la démocratisation sociale et politique au cours du 20ème siècle. Par exemple, ils ont participé contre la hausse du prix des transports collectifs, la Grève de la Chaucha [du sou] en 1950. Sans parler des débuts des années 1960 et 1970 lorsque ce mouvement a développé de nombreuses luttes spécifiques, comme les mobilisations contre le service militaire anticipé qu’a essayé de mettre en place le Gouvernement de Eduardo Frei Montalva  [1964-1970], ou s’est battu, également sous le gouvernement Montalva, sur des questions politiques telles que la venue de Nelson Rockefeller, une mobilisation qui a d’ailleurs été un succès. N’oublions pas non plus le grand mouvement pour la réforme universitaire que les étudiants de l’Université catholique du Chili ont mené en 1967 et qui a été suivi ultérieurement par d’autres universités.

Nous ne pouvons laisser de côté la participation du mouvement étudiant dans les luttes contre la dictature. Au début des années 1970, ce furent d’abord des segments militants puis, à la fin de cette même décennie, les étudiants se sont joints de manière beaucoup plus large aux journées de protestation et autres mobilisations contre la dictature. Il y a eu, en tout cas jusqu’à la fin des années 1980, une articulation assez étroite entre les mouvements étudiant et populaire.

Qu’a-t-il obtenu, ce mouvement? Les succès ont été inégaux. Il a obtenu la réforme universitaire, mais à d’autres occasions il a été confronté à l’échec non seulement de son mouvement, mais des mouvements sociaux et politiques qui l’ont débordé.

Au cours du 20ème siècle, est-ce surtout la participation des universités qui a dominé dans le mouvement étudiant ou bien y a-t-il également eu participation des lycéens ?

Dans les années 1970, le mouvement des lycéens était déjà très puissant. La Fédération des Etudiants du Secondaire, la Feses, a, si je me souviens bien, joué un rôle important contre la venue de Rockefeller et s’est également mobilisée contre la guerre du Vietnam. En octobre 1969, un soulèvement militaire du régiment Tacna a eu lieu et nous, les étudiants de l’Institut National, nous sommes sortis, avec une grande dose d’idéalisme il est vrai, pour essayer d’empêcher le coup avec d’autres secteurs. Le mouvement étudiant était alors un acteur très important, déjà au niveau des lycéens du secondaire.

Quelles différences y a-t-il entre le mouvement estudiantin des années 1960-1970 et celui d’aujourd’hui ?

La structuration du mouvement estudiantin était jusqu’en 1973 assez élevée. Il y avait des fédérations universitaires et secondaires dans différentes parties du pays et la présence des partis politiques était très forte. Tous les étudiants ne se reconnaissaient pas dans ses prises de position, mais l’influence qu’il exerçait organiquement était très marquée. Il n’existait pas ce phénomène actuel de discrédit des partis. Cela constituait une différence par rapport à aujourd’hui.

Une autre différence est celle de l’articulation avec d’autres mouvements qui était alors plus forte. Même si l’année passée (2011), le mouvement étudiant est parvenu à compter sur un large appui citoyen, il n’est pas moins sûr qu’il s’est agi d’une sympathie plutôt diffuse qui n’a pas d’assise organique sur une participation des travailleurs dans des mouvements d’appui convergeant avec la lutte des étudiants. Jusqu’à maintenant, les revendications des uns ou des autres ont été avancées par des canaux séparés, même si au cours de cette année 2012, en se basant sur leurs propres analyses, les étudiants ont essayé de s’approcher d’autres secteurs et mouvements sociaux. La Confech a cherché à articuler sa lutte avec celle des Mapuches, avec celle de défense de la région d’Aysen [située en Patagonie chilienne] et avec d’autres mouvements encore; les étudiants essaient aussi d’entrer en contact avec certains porte-parole des lycéens. Comme cela en est encore au tout début, il y a beaucoup de travail à accomplir pour arriver à quelque chose de semblable à ce que nous avons connu dans les années 60 et au début des années septante.

A quoi attribuez-vous le fait d’avoir «abandonné» cette idée de cheminer chacun pour soi et cette tentative de convergence avec d’autres secteurs ?

Cela est dû au déroulement des mobilisations de 2011. Cette année s’est terminée sur une grande déception dans de vastes secteurs du mouvement, sur un fort sentiment largement partagé que l’on n’était parvenu à rien.

A mon avis, c’est une perception erronée parce que je pense que l’on est tout de même parvenu à quelque chose. Non en termes de revendications concrètes, puisque les concessions du gouvernement ont été minimes, et qu’elles n’ont tendu à rien d’autre qu’à réformer ou à renforcer le modèle actuel d’éducation de marché et non à le substituer par un modèle de responsabilité de l’Etat et de protagonisme social. Malgré cela, le mouvement étudiant a obtenu de grands succès politiques, comme le fait d’avoir permis d’installer dans la société chilienne le thème de l’éducation en tant que problème prioritaire, un thème qui était absent des préoccupations des gens au début de 2011.

En second lieu, ce mouvement a approfondi le discrédit de la classe politique, processus qui était déjà en marche mais qui s’est accentué en raison de l’incapacité de celle-ci à apporter une réponse à ses revendications.

En troisième lieu, ce mouvement a contribué à délégitimer les institutions en place, héritées de la dictature et installées par elle. Voilà pour les succès politiques.

Le mouvement étudiant a apporté – et est en train d’apporter – une contribution à la repolitisation de la société chilienne, à la dénaturalisation du modèle de société néolibérale, modèle qui s’est naturalisé dans la tête de la grande majorité des gens. Le mouvement étudiant a montré que ce modèle n’était pas un fait naturel, mais que c’était le produit de la corrélation de forces historiques, et que ce modèle, qui s’était implanté par le sang et les larmes, on pouvait et on devait le changer. Tous ces apports sont des victoires.

Pour une partie significative de la jeunesse, ce ne sont pas des victoires tangibles…

Je crois que les directions de ce mouvement comprennent que c’est un acquis politique qui doit être mis en  valeur, de telle manière que même si le mouvement étudiant n’a pas obtenu la satisfaction de ses revendications, il a cependant installé cette nouvelle réalité politique qui se traduit par le fait que, dans d’autres secteurs, la protestation sociale est aujourd’hui beaucoup plus présente et acceptée par la grande masse des citadins.

Maintenant qu’il a accompli cette première étape, ce mouvement commence à être en mesure d’établir des liens et des vases communicants avec d’autres. Si cela paraissait impossible il y a un an encore, il semble aujourd’hui que les conditions soient favorables. Lors de la manifestation du 28 août 2012, il y a eu une présence modeste, mais significative de certains syndicats de travailleurs et non seulement de ceux de l’éducation. C’est un début qui peut être très fructueux.

Le mouvement étudiant doit continuer à réaliser ce travail de pédagogie politique auprès du reste de la société chilienne, particulièrement auprès des travailleurs, de telle manière que se produise une convergence de luttes entre les étudiants, les travailleurs et d’autres secteurs encore. Si les étudiants n’ont rien obtenu, c’est parce que la seule force de leur mouvement et du mouvement pour l’éducation publique ne suffit pas pour vaincre la résistance des partisans du modèle en vigueur. Il est nécessaire qu’il y ait d’abord accumulation des forces et convergence des mouvements sociaux.

J’ai toujours pensé qu’ils n’allaient pas obtenir la satisfaction de leurs revendications; mais il était nécessaire qu’ils mènent leur lutte. Et ils n’allaient pas gagner. Parce qu’il était inconcevable que le gouvernement démantèle le modèle pour lequel il y avait eu le coup d’Etat de 1973. Qui pouvait croire qu’avec 20 à 30 manifestations on allait pouvoir défaire l’«œuvre» de la dictature sur le plan de l’éducation? Si pour cela il y a eu un coup d’Etat, si on a exilé, torturé, tué et violé les droits sociaux, politiques et économiques… Cela ne se défait pas au moyen de toutes les manifestations que l’on veut, il faut accumuler beaucoup de force politique. Les processus historiques ne se déroulent pas de manière linéaire, ils font avec des avancées et des reculs, ce sont des phases et il me semble qu’aujourd’hui le mouvement étudiant et d’autres sont en mesure de passer à une nouvelle phase.

Vous voyez ce processus en 2012 avec plus d’optimisme qu’en 2011?

Je crois que le processus suit le cours qu’il peut rationnellement suivre. Je le vois avec plus d’optimisme, mais je ne vois pas le bout du tunnel pour tout de suite. Dans ce sens, il faut tenir un discours clair auprès des étudiants; il ne faut pas être démagogue, il faut leur faire comprendre que c’est une lutte longue et qu’elle va durer des années. C’est un processus d’accumulation de forces où vaincra celui qui accumulera le plus de force sociale et politique et qui aura la plus grande intelligence politique pour capitaliser ses propres forces. Parce que les forces sont un capital politique: on peut construire, mais on peut aussi détruire…

Certains analystes parlent d’un processus de changement qui s’étendrait sur 4 à 5 ans…

Il est difficile de faire de la futurologie. Nous, les historiens, sommes capables d’analyser le passé jusqu’au moment présent, mais personne n’a de boule ce cristal lui permettant de prévoir le futur. L’histoire est pleine de faits dus au hasard qui changent une conjoncture, même si cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas certaines matrices pouvant faire l’objet d’une analyse. Mais, indubitablement, le changement n’est pas pour dans six mois ou une année ou une année. Il y a d’autres facteurs qui ont une influence, comme des conjonctures politiques électorales, des cycles économiques, des événements internationaux, entre autres. Il est impossible de déterminer tout cela de manière certaine.

Un thème, par exemple, était impensable jusqu’il y a quelques mois encore: c’est celui de l’Assemblée constituante. L’envol que cette thématique a pris ces dernières semaines est impressionnant; il n’y a pas un politicien qui ne fasse maintenant référence à elle. Peut-être sommes-nous à un moment de rupture qui peut s’étendre sur de nombreuses années. Ou alors il peut y avoir un retour en arrière et nous nous retrouvons à la case départ après un coup d’Etat, avec une répression permanente. Sans parler de la trahison de certaines représentations qui se laissent dévier par les canaux institutionnels et il y a des acteurs qui sont disposés à cela. (Traduction par A l’Encontre; entretien publié dans la Revista Chili Salud Publica, 2012, vol. 16 – 3)

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