Education et formation/Québec

Une interview du Temps avec Katherine Ruault!

Dans son édition du lundi 5 novembre, le quotidien Le Temps a publié une interview, réalisée par Nicolas Dufour, avec Katherine Ruault. Nous le reproduisons ici. De nombreux textes se rapportant au mouvement étudiant québécois figurent sur ce blog.

«Nos parents revendiquaient la même chose»

Quelques mois après le Printemps érable, les étudiants québécois restent sur la défensive. Katherine Ruault, l’une des leaders du mouvement, dépeint un système universitaire dans la tourmente

Au Québec, la grève étudiante du printemps a coûté 20 millions de dollars canadiens (18,8 millions de francs) à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), indiquait le 30 octobre Le Devoir, lequel affirmait que «cette facture élevée va jusqu’à mettre en péril l’équilibre financier de l’université». Enième conséquence d’un mouvementent estudiantin qui a surpris par son opiniâtreté. Portant sur une hausse des taxes d’études, la contestation a mené à des élections anticipées, le 4 septembre, remportées par le Parti québécois (PQ) et sa présidente Pauline Marois. Récemment invitée par le Cercle la brèche, Katherine Ruault, 25 ans, est étudiante à l’UQAM et secrétaire exécutive de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (la Classe), fer de lance des manifestations.

Le Temps: Votre mouvement a conduit à la chute d’un gouvernement, Pauline Marois a annulé la hausse des taxes; vous avez eu ce que vous vouliez…

Katherine Ruault: En partie. Le gouvernement avance l’idée d’une indexation des frais, que nous refusons aussi. La Classe a toujours été pour la gratuité des études. Et le gouvernement Charest avait évoqué d’autres mesures d’austérité, l’introduction d’une taxe santé de 200 dollars par personne, ou la hausse des prix de l’électricité. C’est cet ensemble qui a fait que ce gouvernement n’a pas été réélu.

– En fait, votre mouvement a bien servi le Parti québécois…

– Vous voulez dire qu’ils nous ont récupérés? Oui. Ils ont pris nos revendications pour récupérer un mécontentement. Mais nous n’avons jamais appelé à voter pour le PQ, ni pour un autre parti. Notre mouvement ne s’arrêtera pas. Nous n’oublions pas que Pauline Marois avait été à l’origine de la première hausse des frais de scolarité [ndlr: en 1996, lorsqu’elle était ministre de l’Education].

– Certains vous soutenaient face aux «boomers» et leurs bonnes retraites… N’est-ce pas opposer les générations?

– Je ne crois pas. Des étudiants n’étaient pas de notre côté. Dans les grandes manifestations, on voyait des gens de tous les âges. Nous revendiquons à peu près la même chose que nos parents à notre âge. Dans les années 1970, lors de la Révolution tranquille, la volonté était la même: que l’on soit capable d’assumer collectivement les besoins de la société. C’est à ce moment-là que nos programmes sociaux ont été mis en place.

– Vos camarades des autres provinces paient davantage. Le «Globe and Mail» vous a dépeint comme des «enfants gâtés», n’est-ce pas un peu le cas?

– Si l’on se compare à l’Amérique. Mais dans de nombreux pays, l’université est moins chère, voire gratuite. Au Québec, la proportion d’étudiants venant de la classe moyenne et de la classe pauvre est supérieure aux autres provinces: la moitié des étudiants sont les premiers de leur famille à accéder à l’université. Dans les autres provinces, ce sont les jeunes de la classe aisée qui vont à l’université. Et maintenant, l’Ontario s’inspire de notre mouvement en lançant une campagne contre les frais de scolarité.

– Craint-on, au Québec, une bulle de la dette des étudiants comme aux Etats-Unis?

– On ne peut pas comparer, mais la situation est grave. Les gens sortent avec des dettes importantes: en moyenne, 15 000 dollars (14 130 francs) à la fin du bachelor. J’ai un ami qui a terminé son bachelor avec 45 000 dollars de dette; or, il travaille comme assistant social, avec un salaire de moins de 20 000 dollars par année. Et il y a les frais de vie; le Québec est un très grand territoire, les jeunes sont obligés d’aller dans les centres urbains.

– Le projet du gouvernement comportait des investissements, des hausses pour les bourses d’études…

– C’était un changement de vocation des universités, en les arrimant davantage au marché. Il n’y a pas un sous-financement des universités, c’est l’argent qui est mal réparti, par exemple le salaire des recteurs, ou les sommes mises sur la recherche appliquée. Et l’aide au moyen de bourses a ses problèmes: le seuil est fixé à 30 000 dollars de revenu des parents. Le gouvernement proposait d’augmenter le seuil à 35 000 dollars, ce qui reste peu. Cela conduit à une pratique courante, le mariage pour éviter d’être considéré comme dépendant de ses parents.

– … le mariage?

– Lorsque l’on se marie, on est considéré comme indépendant des parents; ainsi, des étudiants se marient afin d’avoir accès aux bourses. On se marie avec le copain ou la copine de l’instant, en sachant que ce n’est pas la personne avec qui l’on veut passer sa vie. Autour de moi, j’ai des amis divorcés à moins de 25 ans. Dans mon cas, mes parents m’ont soutenue. Comme j’ai eu accès aux prêts dès le niveau de la maîtrise, j’ai arrêté de leur demander de l’argent. Actuellement, j’ai 6000 dollars de dettes.

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