Droits humains/Europe/Livres/Racisme et xénophobie

Xénophobie Business, à quoi servent les contrôles migratoires ?

À propos de l’ouvrage Xenophobie Business de Claire Rodier (Ed. La Découverte, 2012)

Après avoir co-dirigé un ouvrage intitulé ImmigraImagetion, fantasmes et réalité,  pour une alternative à la fermeture des frontières [1], Claire Rodier publie un nouveau livre sur le thème de l’immigration:  Xénophobie Business.

Juriste au Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigré·e·s), l’auteure à la volonté de fournir des éléments de compréhension alternatifs des phénomènes migratoires que ceux que nous avons l’habitude d’entendre ou de lire dans les médias dominants. Posant la question de «l’utilité» des contrôles migratoires, Claire Rodier répond en distinguant trois fonctions principales de ces politiques migratoires: économiques, idéologiques et géopolitiques. La mise en lumière de ces fonctions permet de mieux comprendre les logiques qui soutendent les décisions sécuritaires des Etats.

L’un des points marquant de ce livre est de montrer à quel point l’imbrication entre les millieux politiques et économiques est fort. En effet, de grandes entreprises comme G4S [2], EADS (European Aeronautic Defense and Space Company, un grand producteur d’armes en Europe) ou encore Siemens ont su profiter de l’éclosion d’un «marché de la sécurité» pour engranger des très hauts profits; G4S est le deuxième plus grand employeur du monde avec plus de 620’000 salariés. Cependant la mercenarisation des «missions» de sécurité n’est pas seulement bénéfique pour les acteurs privés mais offre la possibilité aux acteurs publics, par exemple, de se déresponsabiliser des morts ou des maltraitances lors des renvois et des enfermements de migrant·e·s. Un des exemples de cette forte intégration entre acteurs publics et privés se trouve dans les décisions concernant les contrôles migratoires prises à Bruxelles, qui sont souvent orientées par le GoP [3], dont font partie les trois grandes entreprises citées plus haut. La suite du livre se concentre plutôt sur les fonctions idéologiques des contrôles. L’auteure montre combien le renforcement des contrôles de frontières et plus particulièrement la construction de murs (dont les plus connus se situent autour des «enclaves» espagnoles en territoire marocain autour des villes de Ceuta et de Melilla) servent uniquement à nourrir les discours politiques en exploitant la «peur de l’étranger».

A l’heure où nous nous préparons à voter contre une révision du droit d’asile scandaleuse (voir notre brochure sur ce blog) et où les propositions d’enfermement de migrant·e·s fleurissent en Suisse, un livre nécessaire à lire!

(Manon Fournier)

[1] Publié en 2008 aux Editions La découverte, avec l’anthropologue et militant Emmanuel Terray (voir l’entretien sur ce blog: https://cerclelabreche.wordpress.com/2012/11/21/delocalisation-sur-place-libre-circulation-et-droits-des-migrant%C2%B7e%C2%B7s/)

[2] Sous le slogan «securing your world». Basée en Grande-Bretagne, active dans 125 pays, cette entreprise ce déclare fière de son rôle de «sécurisation du monde».

[3] Groupe qui a «pour mission de formuler à l’UE des orientations pour un programme de recherche européen dans le domaine de la sécurité.»

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