Films/Soirées de discussion/Syrie

9-10 octobre 2013: Soirée de solidarité avec la révolution populaire syrienne

Discussions autour d’une vidéo avec les extraits des interventions de Gilbert ­Achcar et du Père Paolo dall’Oglio. Ils sont intervenus lors du deuxième anniversaire du soulèvement du peuple syrien au Volkshaus de Zurich le 13 avril 2013. Prendra part à la soirée aussi une représentante des Femmes syriennes pour la démocratie.

Fribourg: mercredi 9 octobre, 19h30, salle 3120, Université de Miséricorde

Genève: jeudi 10 octobre, 18h15, au Nadir, 102 bd Carl-Vogt (ex librairie Pacific)

Soirées organisées par le Cercle La brèche et les Femmes syriennes pour la démocratie.

Entrée libre. L’Université est étrangère à cet événement.

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Père Paolo Dall’Oglio

• Le Père Paolo Dall’Oglio, jésuite, est l’une des rares personnalités de l’«Eglise d’Orient» qui soutient la cause révolutionnaire syrienne. Après 30 ans de résidence en Syrie – durant lesquels il a reconstruit et animé la «communauté monastique mixte et œcuménique» Mar Mûsa –, il a été expulsé de ce pays en juin 2012.  En fin février 2013, il s’est rendu en Syrie, sous la protection des résistants. Un de ses principaux objectifs: faire barrage aux affrontements confessionnels et encourager une perspective d’unité des diverses composantes du peuple syrien, une fois le régime dictatorial d’Assad renversé. Nous n’avons malheureusement pas de nouvelles de lui depuis le 29 juillet 2013. À cette occasion, il s’était rendu à Raqqa pour négocier la libération de militants kidnappés par un groupe islamique extrémiste et tenter un accord de paix entre les combattants kurdes et les jihadistes de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL).

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Gilbert Achcar

Gilbert Achcar, professeur au School of Oriental and African Studies (SOAS) de l’Université de Londres. Il vient de publier un ouvrage intitulé: Le peuple veut. Une exploration radicale du soulèvement arabe, éditions Acte Sud. Gilbert Achcar est d’origine libanaise et a été durant de longues années militant dans ce pays. Il est très régulièrement invité dans le monde arabe, entre autres en Tunisie, en Égypte, en Algérie, au Maroc.

Plus que jamais défendre les exigences du peuple syrien

En mars 2011, la population de Deraa manifestait dans les rues de cette petite ville syrienne. Pourquoi? Parce que la police du dictateur Bachar el-Assad avait torturé des adolescents qui avaient eu l’audace d’écrire sur les murs des critiques au pouvoir du dictateur installé à Damas.

Durant quelque six mois, dans une très large majorité des villes de Syrie, la population, de diverses confessions dans plus d’une ville, est descendue dans la rue revendiquant la fin de la dictature, la démocratie, la justice sociale et la fin de la corruption comme de la répression.

La réponse du gouvernement s’est résumée à faire tirer sur les manifestants, à multiplier les arrestations et les emprisonnements, à torturer de manière de plus en plus large et terrifiante. La pratique de la torture n’était pas nouvelle, elle s’est simplement amplifiée.

Cette répression n’a pas fait plier la mobilisation anti-dictatoriale du peuple syrien. Alors, la dictature du clan Assad – dont la famille s’est appropriée au cours des quarante dernières années l’essentiel des richesses du pays – a passé à un degré supérieur de répression. Les hélicoptères de l’armée, les avions militaires ont bombardé des quartiers entiers. Dès la fin de 2011, la destruction de villes, pour en chasser les habitants, pour les affamer, devenait  une pratique courante. Puis, la dictature utilisa des fusées balistiques (des Scud) pour bombarder les villes tombées aux mains de la rébellion. Ces villes furent privées d’eau et d’électricité ou encore de gaz pour la cuisine ou le chauffage. Les hôpitaux sont devenus des cibles choisies par les escadrons criminels de l’armée dictatoriale. Amnesty International a multiplié les rapports concernant la capture de blessé dans les hôpitaux et leur torture à mort. Les médecins soignant des rebelles ou des manifestants étaient la cible des tueurs à gages du régime. À tel point que des milliers d’entre eux ont dû quitter leur pays, s’exiler, laissant la population sans médicaments, sans soins, sujette à diverses épidémies.

Face à cette brutalité, dès la fin de 2011 le besoin d’une autodéfense armée s’est manifesté. Il ne s’agissait pas alors d’une guerre civile. Il s’agissait simplement du droit de protéger des enfants, des femmes, des hommes qui ne pliaient pas l’échine et voulaient, tous les vendredis, descendre dans la rue pour clamer leur refus de ce régime dictatorial au pouvoir depuis quarante ans. En cela, ces centaines de milliers de Syriens et Syriennes participaient aux mêmes mobilisations sociales, démocratiques et politiques que les peuples de Tunisie et d’Égypte avaient conduites à bien en renversant les dictatures de Ben Ali (Tunisie) et de Moubarak.

Cette autodéfense élémentaire ne fut pas toutefois pas suffisante face à une armée  approvisionnée en armes aux capacités destructrices gigantesques. Des armes qui leur étaient fournies par le régime autocrate du président russe Poutine. De plus, la dictature de Bachar el-Assad pouvait compter sur l’aide du régime islamiste hyper répressif d’Ahmadinejad, le président iranien. Ce dernier finançait aussi les forces islamistes réactionnaires du Hezbollah libanais dont le dirigeant Nasrallah obéit au doigt et à l’œil aux Gardiens de la révolution (Pasdaran) d’Iran.

Face à ce déchaînement de violence, les puissances occidentales, qui se réclament de la défense des droits humains et de la démocratie, se sont refusées à fournir aux forces syriennes anti-dictatoriales – réunies initialement dans l’Armée syrienne libre – les moyens de combattre les hélicoptères et les avions, ainsi que les chars blindés d’origine russe. Autrement dit, lesdites puissances occidentales laissaient un peuple se faire littéralement exécuter. La crise humanitaire est là pour indiquer le calvaire du peuple rebelle syrien: sur 10 millions d’habitants, 2,5 millions vivent dans l’exil et la précarité la plus grande dans les pays voisins (Jordanie, Liban, Turquie, Irak) et quelque 5 millions sont des déplacés internes frappés par la faim, le manque de soins, les bombardements, les exécutions, etc.

Dans une telle situation désespérée, l’Arabie saoudite – un régime réactionnaire féodal – a armé des forces obscurantistes qui n’ont pas pour but d’aider le peuple syrien à abattre la dictature, mais à renforcer la position de l’Arabie saoudite contre l’Iran, son ennemi le plus proche, à l’occasion de futures négociations. Le pouvoir obscurantiste du Qatar en a fait de même. Dès lors, tous les médias internationaux ont dépeint la rébellion syrienne comme non pas un soulèvement populaire démocratique visant à abattre une dictature, mais comme une sorte de jeu d’échecs, où les êtres humains n’existent plus, entre diverses forces islamistes et djihadistes. Ce qui justifiait qu’aucune aide sérieuse ne soit fournie aux secteurs révolutionnaires et démocratiques. L’effet était joué d’avance: des secteurs de jeunes voulant combattre Bachar el-Assad rejoignirent des forces disposant de moyens, même si elles étaient manipulées par l’Arabie saoudite ou le Qatar.

De leur côté, les États-Unis n’avaient qu’un objectif: mettre en place une négociation avec les Russes, alliés d’Assad, pour maintenir une continuité de l’appareil d’État, avec ses bras répressifs, afin qu’une hypothétique chute de la dictature ne débouche pas sur un processus social et démocratique que l’administration Obama ne contrôlerait pas. Poutine a fait des pas dans cette direction et aujourd’hui ces «deux grands» du moment préparent un accord qui laissera en place une grande partie du régime d’Assad. Le sort de la très large majorité de la population syrienne ne les intéresse pas. Ce sont les intérêts économiques, politiques et militaires de ces deux pays et de leurs alliés respectifs qui commandent lesdites négociations.

Dans cette situation humainement catastrophique, l’aide humanitaire sous toutes ses formes et la solidarité constituent ce que nous pouvons faire aujourd’hui. Refuser la barbarie, la torture, l’exil imposé à un peuple fait partie de ce que nous pouvons appeler, avec fierté, nos valeurs.

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