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La coupe est pleine!

PUBLICETIM n. 38,  2013, 144 pages.

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La coupe est pleine! Par Gioas Perozzi Paru à la veille des Jeux olympiques de Sotchi et à moins d’une année des mondiaux de football au Brésil, cette nouvelle publication du Centre Europe – Tiers-Monde (CETIM) est composée de huit articles choisis par Julie Duchatel. Le lecteur découvre une analyse détaillée et cohérente de tous les aspects discutables, surtout les dégâts sociaux et environnementaux sur la grande majorité des populations locales, provoqués par l’organisation des grands événements sportifs. Ce n’est pas rien à une période où règnent une absence d’esprit critique et une omertà médiatique sur ces questions. Chacun de ces textes tient néanmoins compte des spécificités historiques et sociales de ces kermesses, mais permet en même temps de saisir ce qu’elles ont en commun, à savoir une appréhension du sport sous l’angle d’une simple marchandise. La FIFA et le CIO ont été pionniers dans la promotion de cette vision du sport – bien évidemment non sans intérêt!

Auteur du premier chapitre, Fabien Ollier est plus qu’exhaustif dans son propos: la FIFA et le CIO ne sont pas des organisations caritatives et bénévoles. C’est pourtant de cette réputation naïve qu’elles jouissent dans l’imaginaire collectif. Pourtant, elles ne sont rien d’autre que des institutions-guides d’une forme particulière du capitalisme prédateur. La FIFA et le CIO sont domiciliés fiscalement en Suisse, où ils bénéficient du «statut d’organisation d’utilité publique». Elles ne sont donc soumises ni à l’impôt fédéral ni à l’obligation de rendre publics leurs comptes annuels. Leurs activités sont aussi vouées à la maximisation du profit. En 2010, au moment où l’État sud-africain devait débourser 4,1 milliards des dépenses pour le mondial de football (c’est-à-dire 1709% en plus du total prévu), la FIFA se réjouissait d’avoir pu dégager des bénéfices supérieurs de 50% par rapport au mondial de 2006.

Organisés à l’image des grandes multinationales, la FIFA et le CIO sont souvent impliqués dans des pratiques peu transparentes et des scandales de corruption. Elles fournissent le cadre organisationnel légal, en plus du lieu physique, où leurs partenaires et sponsors fidèles (les bien connues corporations globales) peuvent bénéficier de traitements de faveur, comme la possibilité d’accéder à des zones commerciales exclusives. Car le but de ces derniers est bien connu: générer d’énormes profits à très court terme au prix de spéculations immobilières qui engendrent des coûts colossaux pour les contribuables. Les couches les plus pauvres des populations resteront à l’écart de ces infrastructures luxueuses. Il n’est pas étonnant qu’au Brésil elles se soient mobilisées pour rejeter ces immenses gaspillages et revendiquer des infrastructures à même de répondre aux besoins sociaux.

La coupe est pleine ne montre pas seulement les grands scandales économiques liés aux événements sportifs internationaux. Du mondial argentin de 1978 aux récents jeux olympiques de Pékin en 2008, il s’avère que la portée médiatique du sport est mise au service de la propagande de régimes loin d’être démocratiques. Ceci avec la bienveillance des «gendarmes» de l’ordre sportif mondial pour lesquels l’entretien de relations avec des gouvernements autoritaires est même considéré comme un avantage: comme le disait un dirigeant de la FIFA, la démocratie ne représente en effet qu’une complication majeure dans l’organisation d’un mondial de football! Un article montre comment un événement sportif est utilisé pour restructurer radicalement l’espace urbain dans le cas de Pékin. La ville est devenue en quelque sorte un «non-lieu» strictement fonctionnel aux besoins du capital. Il en est de même aujourd’hui, au Brésil, où les favelas de Rio connaissent des mutations profondes en raison du prochain mondial de football.

Notre vision du sport est certes moins idyllique après la lecture de cet ouvrage. Nous vivons dans une société capitaliste où même le sport, réduit à un pur spectacle marchand, est l’objet de corruption. Les logiques néolibérales transforment désormais chaque aspect de notre vie en une possibilité d’extraire une plus-value toujours plus grande destinée à accroître la puissance du capital. La coupe est pleine nous permettra de regarder les imminents mondiaux brésiliens avec d’autres yeux et avec la conscience de ce que ces maxi-événements représentent, et coûtent, notamment pour les pays émergents, en termes d’occasions manquées pour des progrès économiques et sociaux véritables. De tels progrès présupposent toutefois une autre logique que celle de la marchandisation: la définition démocratique, incluant l’ensemble des populations, des contenus sociaux d’un développement voué au bien-être collectif.

(Article paru dans le journal La brèche n. 8, avril 2014)

Le livre: http://www.cetim.ch/fr/publications_ouvrages/181/la-coupe-est-pleine-les-desastres-economiques-et-sociaux-des-grands-evenements-sportifs

Deux conférence portant sur le côté obscure de la Coupe du monde 2014 au Brésil auront lieu à Genève et à Fribourg, respectivement le 9 et le 10 mai: https://cerclelabreche.wordpress.com/fete-la-breche-2014/

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