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Ebola, H1N1, variole… Quelle politique de santé publique pour faire face aux épidémies?

Conférence-débat

avec

Patrick Zylberman

 Professeur titulaire de la chaire d’histoire de la santé à l’Ecole des hautes études en santé publique (Paris), auteur de «Tempêtes microbiennes» (Gallimard, 2013)

 

Lausanne, jeudi 11 décembre 2014, 20h,

Grand salon du Buffet de la gare CFF de Lausanne (2ème étage)

Organisée par Cercle La Brèche, site alencontre.org, MPS


L’actuelle épidémie d’Ebola a commencé à se propager en Afrique de l’ouest au début de l’année 2014. Selon le dernier Rapport de situation de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en date du 19 novembre 2014, 5420 personnes sont décédées du virus sur 15’145 cas signalés. Ces chiffres sont reconnus comme sous-évalués, selon les instances les plus compétentes.

Une épidémie qui sévit dans les pays pauvres

L’épidémie se développe dans trois pays anciennement colonisés – la Guinée-Conakry (ex-colonie française), le Liberia (Etats-Unis) et la Sierra Leone (Grande-Bretagne) – durement frappés par les plans d’ajustement structurels du FMI et de la Banque mondiale. En juin 1994, par exemple, 5000 emplois dans le domaine des soins ont été supprimés au Sierra Leone sur «recommandation» (en fait, diktats) de ces instances internationales. Les conséquences de ces mesures sont bien connues: la paupérisation brutale de la population a nourri des conflits militaires (dits ethniques) instrumentalisés par des alliances entre anciennes puissances coloniales, sociétés minières, pétrolières et une «classe dominante» (appuyée sur sa police et son armée).   Il en a découlé la déstructuration de ces sociétés ainsi que la ruine de leurs infrastructures, entre autres sanitaires et éducatives. En 2013, moins de 1% du Liberia était électrifié. Avant même que la crise sanitaire n’éclate, ce pays comptait moins de 50 médecins actifs dans le système public de soins pour un pays comptant plus de 4 millions d’habitant·e·s. Soit, un médecin pour 100’000 habitant·e·s, contre 406 en Suisse ou 353 en Allemagne.

Des coupes budgétaires criminelles

Au début de l’année 2014, l’ONG Médecins sans frontières (MSF) est la première à prendre conscience de l’ampleur de l’épidémie et de la nécessité d’une action d’envergure pour la combattre. Il faudra attendre début juillet pour que l’OMS convoque une réunion internationale d’urgence pour coordonner la lutte contre la maladie. Ce n’est que le 8 août 2014, alors que l’épidémie avait déjà emporté plus de 900 personnes, que l’agence internationale décrète une «urgence de santé publique de portée mondiale», mettant lentement en marche une réponse insuffisante.

Comment expliquer cette lenteur aux conséquences mortelles pour des centaines de personnes? Le budget bisannuel de l’OMS a été réduit de 25%. Le docteur Keiji Fukuda – sous-directeur général, responsable de la sécurité sanitaire à l’OMS – affirmait en septembre 2014 que le personnel chargé de combattre les épidémies et les pandémies était de 35% inférieur que lors de la grippe H1N1 en 2009.

Les conséquences de cette situation sont d’autant plus graves, que les grandes entreprises pharmaceutiques n’ont pas développé les vaccins nécessaires pour combattre cette maladie, alors que celle-ci est connue depuis 1976. Adrian Hill, le scientifique responsable de la réponse du Royaume-Uni à l’épidémie d’Ebola, en explique la raison: «Mais qui fabrique donc les vaccins? Actuellement la production commerciale de vaccins est monopolisée par 4 ou 5 mégafirmes – GSK, Sanofi, Merck, Pfizer, Roche… – qui figurent parmi les plus grandes compagnies du monde. Le problème est que, même si on découvre un moyen de fabriquer un vaccin, les grandes entreprises considèrent qu’il ne vaut la peine de le produire qu’à condition qu’il existe un marché important» (The Independent, 7 septembre 2014).

Racisme

L’épidémie d’Ebola est utilisée par des forces racistes en Europe que ce soit en Italie et en France. Ainsi, déjà en mai 2014, Jean-Marie Le Pen déclarait que «Monseigneur Ebola peut régler en trois mois le problème de l’explosion démographique». En Italie comme aux Etats-Unis des «mesures» sans aucun fondement médical sont prises pour contrôler des ressortissant·e·s africains et des actes racistes se sont produits à l’entrée d’écoles dans plusieurs pays.

En Suisse, le 21 octobre 2014, le Christoph Mörgeli – un esbroufeur scientifique avec son Musée d’histoire de la médecine et conseiller national UDC – affirmait que «la panique déclenchée par Ebola pourrait provoquer des mouvements de fuite de masse dont risquent de profiter les bandes criminelles de passeurs. L’Occident pourrait alors être rapidement débordé.» Il conclut: «La pratique excessivement laxiste de la Confédération à l’égard des requérants d’asile et des réfugiés doit être revue, adaptée et durcie compte tenu du danger d’Ebola.» Ces phobies et ces expressions de haine raciste n’ont aucun fondement. Elles servent à justifier la répression des migrant·e·s. Que l’on soit Noir ou Blanc ne donne pas les mêmes droits à être soigné, comme le montrent les prises en charge différenciées des personnes atteintes par le virus.

Quelle santé publique?

La crise sanitaire et sociale de l’actuelle épidémie d’Ebola pose plusieurs questions plus générales. Comment mesurer la gravité d’une épidémie? Par le nombre de cas et de décès? Par les risques sanitaires (taux de reproduction de la maladie, létalité, dynamique de la circulation du virus)? Par les risques stratégiques (dommages causés aux structures de l’Etat)? Par l’impact sur l’économie? Par le coût politique (peur, inquiétude, psychose dans l’opinion)?

La difficulté des États à anticiper et prendre en charge une crise épidémique de grande ampleur montrent que la santé publique est un véritable enjeu politique et stratégique qui «ne se réduit pas à la prévention, mais consiste à disposer d’un système à l’échelle mondiale permettant d’empêcher la diffusion et de prendre en charge une épidémie.»

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