Lausanne/Monde du travail/Suisse

L’enjeu d’un procès: le droit d’être un syndicaliste sur le lieu de travail en Suisse

2013-05-16hansOppliguer_yan16

Rassemblement devant le Palais de Justice de Montbenon pour soutenir Hans Oppliger afin qu’il obtienne la nullité de son licenciement lors de la première audience le 16 mai 2013.

«Dans le cadre de l’accord de fusion avec Tamedia et pour faire monter le titre en bourse, Edipresse a mis sur pied un programme d’économies, licenciant plus de 100 personnes et nettoyant tous ceux qui pouvaient s’opposer à la politique du profit maximum. Comme par hasard, à chaque restructuration, des militants syndicaux sont mis dans le paquet, alors que le Contrat collectif de travail (CCT) protège les délégués des salarié·e·s ayant un mandat éligible» (Hans Oppliger, travailleur et syndicaliste licencié par Edipresse)

La revendication syndicale qui doit s’imposer à l’issue des audiences qui se tiendront les jeudis 8 et 15 janvier 2015 au Tribunal des prud’hommes à Lausanne (14h00) doit se résumer en une formule: «Que les licenciements des syndicalistes et des délégué·e·s du personnel cessent!»

Que s’est-il passé?

En 2009, Tamedia prend une participation de 49,9% du Holding Edipresse – de la famille Lamunière – propriétaire alors des plus grands titres de Suisse française: 24 heures, Tribune de Genève, Le Matin entre autres. Tamedia augmenté de 0,2% sa position afin d’obtenir la majorité.

Au 1er janvier 2013, Tamedia a acheté les 49,9% restants et a pris le contrôle complet des activités suisses du Groupe Edipresse. Les 115 suppressions de postes à la rédaction et au Centre d’impression de Bussigny – dont 100 licenciements secs – n’avaient rien à voir avec la prétendue préoccupation de la direction d’assurer l’avenir de l’entreprise. Ces licenciements visaient deux objectifs immédiats: réduire la masse salariale et les cotisations patronales pour le deuxième pilier (caisses de pension). Il fallait que le titre Edipresse en bourse monte car le montant du rachat de la deuxième tranche était fixé sur la base du cours de l’action Edipresse. On a là un exemple de licenciements pour gains boursiers.

Une tentative de riposte des salarié·e·s  

Au mois d’octobre 2009, deux mobilisations ont eu lieu contre les licenciements. Même relativement modestes, elles ont eu un petit résultat: améliorer quelque peu le plan social. Mais l’objectif d’empêcher les licenciements n’a pu être atteint.

La direction d’Edipresse – suivant les exemples passés de Tamedia – a pris prétexte du premier mouvement de résistance pour viser particulièrement les militant·e·s syndicalistes connus. Comme l’a formulé Hans Oppliger: «les patrons font d’une pierre deux coups: augmenter leurs profits et mettre fin à la résistance dans l’entreprise en s’attaquant ouvertement aux militant·e·s syndicalistes qui sont actifs depuis des années sur le lieu de travail.» A cela s’ajoute un troisième objectif: susciter la crainte des salarié·e·s et mettre les syndicats – dont les directions sont souvent sensibles aux arguments patronaux sur la «compétitivité» – dans une situation de plus grande faiblesse encore par perte des militant·e·s actifs ayant une expérience et capables d’entraîner une nouvelle génération de salarié·e·s.

«Mettre à genoux» les licenciés et accroître la charge de travail de «ceux qui restent»
Les syndicats ont été contraints de reconnaître cette situation. Dès lors, la Convention collective de travail (CCT) de l’industrie graphique prévoit des mesures de protection pour les «représentant·e·s du personnel». Dans plusieurs cas, et notamment dans celui de Hans Oppliger, cette mesure dite de protection n’est pas respectée par le patronat. Ainsi, Hans Oppliger, imprimeur et syndicaliste, engagé depuis de nombreuses années au sein du syndicat Comedia – devenu Syndicom –, a été licencié. Or, Hans Oppliger a été durant cinq ans président du secteur syndical de l’industrie graphique. Lors de son licenciement, il représentait les travailleurs au Conseil de fondation de la Caisse de retraite d’Edipresse. Dans le cadre de cette fonction, il a initié la mobilisation contre la baisse du taux de conversion du deuxième pilier qu’Edipresse avait engagée pour «rentabiliser» l’entreprise dans le cadre de sa restructuration et de sa vente à Tamedia. Le licenciement d’Hans Oppliger avait un triple caractère: écarter un militant syndicaliste d’expérience; licencier un représentant reconnu par tous les salarié·e·s et mettre hors jeu un délégué capable de les représenter au sein du Conseil de fondation de la Caisse de retraite. La politique antisyndicale se concrétise toujours par une péjoration des conditions de travail. Lors de son licenciement, Hans Oppliger s’est adressé ainsi, en 2009, à ses collègues: «il y a ceux qui seront licenciés qui vont souffrir, mais aussi ceux qui restent dans l’entreprise. Eux payeront de leur santé avec les cadences infernales qui leur seront imposées.» Malheureusement, ce constat s’est confirmé.

Le droit syndical s’exerce sur le lieu de travail

La bataille initiée par Hans Oppliger se prolonge sur le plan juridique. Le syndicaliste est appuyé par deux avocats, Me Christian Bruchez et Me Romolo Molo. Lors d’une première audience, en mai 2013, l’avocat d’Edipresse (aujourd’hui Tamedia), c’est opposé à ce que Bernard Remion (alors secrétaire régional de Syndicom) témoigne pour faire valoir le contenu de la CCT et défendre l’activité normale, nécessaire, d’un représentant du personnel tel qu’Hans Oppliger. L’argument utilisé par le représentant du patronat dépasse l’entendement. Selon la formule utilisée par Me Eric Cerottini: «Bernard Remion a pris une part active à la mobilisation et se trouve systématiquement comme conseil professionnel (sic) de travailleurs qui attaquent Tamedia. C’est un opposant systématique dans toutes les procédures de licenciements collectifs. Il a œuvré contre le Centre d’impression d’Edipresse, contre Edipresse. Et continue encore aujourd’hui.» Selon ce défenseur du patronat, un représentant syndical ne devrait pas appuyer les revendications légitimes, et conventionnelles, des salarié·e·s. Eric Cerottini est le héraut du patronat-roi-absolu.

Ce jeudi 8 janvier 2015, se joue une question: le droit de défendre sur le lieu de travail les salarié·e·s «entrepris» par les entrepreneurs, donc un droit démocratique élémentaire, qui renvoie à l’existence effective des syndicats. Ce qui était résumé ainsi par Hans Oppliger: «l’essence de nos syndicats, ce ne sont pas nos centrales à Berne ou à Zürich, mais c’est leur présence dans les entreprises à travers des militant·e·s.»

Mouvement pour le socialisme, Lausanne, 8 janvier 2015

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