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Solidarité avec les étudiant·e·s du Chili contre la répression

Par Cercle la brèche et Mouvement pour le socialisme (MPS)

2016 sera le dixième anniversaire du «réveil» des mouvements sociaux aux Chili.

En 2006, les manifestations des élèves de l’école secondaire (la revolución pingüina, la «révolution des pingouins» en raison de la couleur de l’uniforme portée par les collégiens), avaient initié un nouveau cycle de mobilisations plus de quinze ans après la fin de dictature du Général Augusto Pinochet (1973-1990).

Les années suivantes ont été marquées par des nouvelles luttes, en particulier celles de 2011, au cours desquelles les revendications du mouvement étudiant se sont radicalisées: il exigeait la fin d’un système d’éducation néolibéral hérité de la dictature, un système fondé sur une sévère sélection sociale. Les gouvernements post-dictatoriaux ne l’ont changé qu’à la marge.

Le mouvement étudiant a tenté de faire converger ses luttes avec d’autres secteurs de la population (les revendications du peuple Mapuche, les protestations des travailleurs du cuivre, etc.). C’est à ce moment que s’est développée la proposition de convoquer à une assemblée constituante populaire pour en finir avec la constitution de 1980, forgée en pleine dictature

Les manifestations de 2011 ont été souvent réprimées. Assassinats, torture ou d’autres types de violence ont été perpétrés contre des étudiant·e·s, des travailleurs ou le peuple Mapuche. Amnesty International, dans un rapport datant du 5 août 2011, l’a dénoncé.

Des lois utilisées déjà par la dictature

Pour justifier la répression, le gouvernement a évoqué à plusieurs reprises la Ley de Seguridad del Estado (Loi de sécurité de l’Etat) ou la Ley Antiterrorismo (Loi contre le terrorisme).

  • La première, datant des années 1950, a souvent été utilisée sous la dictature. Elle n’a jamais été êté abrogé, malgré quelques changements. Il s’agit d’une loi de répression politique, qui peut être appliquée contre des mobilisations qualifiées de «désordre public». Elle prévoit des peines sévères de privation de liberté et des procès expéditifs. Elle peut être aussi utilisée par le président de la République, avec l’aval du Congrès des députés, pour déclarer «l’état de siège» dans une région du pays. Elle a été utilisée en 2012 contre les luttes qui combattaient les coûts élevés de la vie dans la région d’Aysén, en Patagonie (sud du pays).
  • La seconde loi, approuvée en 1984, date donc de la dictature. Elle alourdit les peines prévues pour ce que le régime dictatorial considère comme des crimes. Elle permet d’accroître la durée de l’emprisonnement dit préventif des «suspects». Lors des procès des «témoins» dont l’identité n’est pas révélée peuvent être utilisés. Cette «loi contre le terrorisme» a servi contre la population Mapuche («Peuple de la terre»: peuple autochtone qui constitue le 4% de la population du pays).

Par la suite, de nouvelles lois de même nature ont été proposées par les gouvernements dits de Concertation entre la démocratie-chrétienne et le parti socialiste.

Par exemple, en 2011, la Ley de Fortalecimiento del Orden Público (Loi de renforcement de l’ordre public), connue sous le nom de «Ley Hinzpeter» (du nom de son promoteur, l’ancien ministre de l’Intérieur Rodrigo Hinzpeter), qui n’a finalement pas abouti, prévoyait une criminalisation des protestations et des occupations.

La Chambre des députés vient d’approuver la Ley de Control de Identidad Preventivo (contrôle préventif de l’identité), qui permet aux Carabiniers (la gendarmerie) d’exiger à quiconque qu’il s’identifie, sans que cela ne doive être justifié.

L’objectif de ces lois de criminalisation et de répression des mouvements sociaux est clair.

Rompre avec le passé : pour une assemblée constituante populaire et démocratique

Mettre au pas les mouvements sociaux traduit la volonté des dominants – parmi lesquels quelques grandes familles disposant d’un pouvoir économique gigantesque – de poursuivre, pour l’essentiel, une politique qui accroît les inégalités sociales et accroît leurs gains. De plus, la continuité des institutions militaires, policières, façonnées sous la dictature, est un facteur nourrissant les formes très brutales des «interventions» de la gendarmerie et la «légalisation» de la répression.

Afin de marquer une vraie rupture avec l’inertie du passé dictatorial au sein d’une démocratie proclamée, les mouvements étudiant·e·s et de travailleurs revendiquent la convocation d’une assemblée constituante, populaire et démocratique. C’est-à-dire une assemblée élue dans laquelle puisse être discutées l’ensemble des questions institutionnelles, sociales, économique qui déterminent la vie concrète de la population, entre autres de sa majorité populaire. Une assemblée dont les débats soient reproduits par tous les médias et repris lors d’assemblées de quartier, de ville, etc. L’expérience démocratique de masse des étudiants du secondaire et de l’université, à l’échelle nationale, indique que cette forme de souveraineté populaire est possible et nécessaire.

La solidarité avec les étudiant·e·s du Chili, dans leur bataille pour leurs droits et ceux de la majorité populaire, doit s’exprimer ici. Donner la parole à un·e représentant·e du mouvement étudiant du Chili afin qu’il-elle puisse, à la fois, faire part de leur lutte et de la nécessaire riposte solidaire face à la répression, pourrait être un pas dans la constitution d’actions solidaires.

***

Déclaration publique. Pour le respect plein et entier des droits humains: halte à la violence contre les étudiants et étudiants du Chili

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Valparaiso, mai 2015

Les personnalités et organisations qui souscrivent à cette déclaration publique expriment leur rejet le plus catégorique de la politique répressive du gouvernement du Chili contre le mouvement étudiant, lequel s’oppose au modèle de marché qui régit l’éducation chilienne. Au cours de cette année, le nombre d’étudiant·e·s, certains mineurs, victimes de la violence exercée par les Carabiniers du Chili a augmenté. A cela s’ajoute la criminalisation de la lutte étudiante suite aux nombreuses détentions et de présentation d’actes d’accusation par le système judiciare.

Nous présentons ci-dessous une chronologie des détentions et des faits criminels de cette année qui appuient la dénonciation de cette déclaration.

Jeudi 16 avril, Santiago: Fabián Vidal, étudiant de l’Escuela de Gobierno y Gestión Pública (INAP), accusé, ce qui est une falsification de la réalité, de porter cinq bombes Molotov.

Jeudi 14 mai, Santiago: Luciano Debrott, étudiant de troisième année en ingénierie, a été atteint au visage par une bombe lacrymogène lancée par un capitaine des forces spéciales de Carabiniers au sein de l’Université de Santiago du Chili (USACH). Ce même jour Diego Guzmán, étudiant en prévention des risques, et Exequeil Borvorán, étudiant de psychologie, tous deux à l’Universtié de Santo Tomás, ont été assassiné par un civil lors d’une mobilisation nationale.

Jeudi 21 mai, Valparaíso: Paulina Estay, étudiante du lycée d’éducation supérieure technico-professionnel (AIEP) de Valparaíso a souffert d’un traumatisme crânien suite d’une attaque par des carabiniers des forces spéciales lors d’une manifestation qui se déroulait proche du Congrès national. Lors de cette même manifestation, Rodrigo Avilés, étudiant en lettres de l’Université catholique de Santiago, a été gravement blessé par le tir d’un jet d’eau provenant d’un véhicule des carabiniers.

 Jeudi 18 juin, Santiago: deux étudiants de l’Université technologique métropolitaine, Germán Urrutia et Cristóbal Miranda, ont été violemment arrêtés par des membres des forces spéciales des Carabiniers. Les deux étudiants ont été victimes de graves tortures à l’intérieur des véhicules policiers selon ce qu’a constaté par la Commission des droits humains du Collège des médecins.

Jeudi 2 juilliet, Santiago: Víctor Zúñiga, étudiant en travail social à l’Université Arcis, Felipe Román, étudiant de design à l’USACH; Natalia Alvarado, étudiante en pédagogie du castillan, Manuel Espinoza, étudiant de pédagogie de l’histoire et María Paz Vera, étudiante de psychologie (tous trois étudiants à l’Université Académie d’humanisme chrétien). Les cinq furent prévenus pour une prétendue attaque à la bombe incendiaire de la Brigade des homicides de la police judiciaire le 24 novembre 2014.

Jeudi 9 juillet, Santiago: Pablo Antonio del Pozo Vásquez, étudiant et vice-président du Lycée Cervantes, a été arrêté et détenu par dix membres de civil qui le frappèrent et l’emmenèrent dans un véhicule inconnu. Ses camarades se rendirent au troisième commissariat de Santiago pour porter plainte et c’est là qu’ils découvrirent avec surprise que leur camarade se trouvait détenu dans ce local.

Valparaiso, mai 2015

Santiago, mai 2015

Jeudi 6 août, Temuco: Ricardo Lüer, président de la Feufro [Fédération des étudiants de l’Université de La Frontera] ainsi qu’onze étudiants furent arrêtés lors de manifestations contre la rencontre patronale Enela (Encuentro Empresarial de La Araucanía – Rencontre d’entreprises de La Araucanía).

Dimanche 13 septembre, Santiago: Claudio Valenzuela et Fabián Durán Ossandrón, ce dernier étudiant en travail social de l’Utem (Université technologique métropolitaine), ont été arrêté. Ils ont été accusé de porter des engins incendiaires et sont actuellement détenus en prison préventive.

Les faits mentionnés, qui se sont déroulés de manière générale lors de défilés étudiants, mettent en évidence que le gouvernement du Chili, qui représente les intérêts des cercles d’entrepreneurs, considère les étudiantes et les étudiants comme des ennemis intérieurs qui doivent être poursuivis car ils représentent un danger pour l’existence du néolibéralisme. Les assassinats, sous les tirs des carabiniers du Chilie, de l’étudiant Manuel Gutiérrez (2011), de nombreux membres de la communauté mapuche, comme Matías Catrileo, Alex Lemún, Jaime Mendoza Collío et Johnny Cariqueo ainsi que, récemment, le mineur Nelson Quichillao López nous alertent jusqu’où peut aboutir la barbarie qui prétend écraser les germes de la mobilisation sociale, parmi lesquels celle des étudiants: assassinats, mutilations, actes d’intimidation, séquestrations, persécution de dirigeants spécifiques, rouage de coups massifs et torture.

Le discours des autorités vise à faire croire qu’il n’y a pas de différence entre la mobilisation sociale et la délinquance. Mahmud Aleuy, sous-secrétaire du ministère de l’intérieur, a osé affirmer que 30% des étudiantes et des étudiants qui manifestent sont des délinquants. La manière dont le gouvernement et sa propagande prétendent manipuler et tromper l’opinion publique est évidente. La manipulation de la communication s’ajoute à l’arsenal des instruments qui permettent de légaliser les exactions et abus policiers contre les personnes, en particulier ceux qui se mobilisent en faveur d’une transformation sociale. Le débat actuel au Parlement au sujet de l’établissement du contrôle préventif d’identité n’est rien d’autre qu’un autre instrument de persécution qui s’ajoute à la Loi antiterroriste, la Loi de sécurité de l’Etat ainsi qu’aux organismes nationaux de renseignement mobilisés contre les étudiantes et les étudiants.

L’exercice du terrorisme d’Etat doit alerter les peuples qui habitent le Chili et ses mouvements sociaux car la classe politique et des entrepreneurs ne s’arrêtera pas dans la défense de ses intérêts et, par conséquent, dans le maintien d’un ordre imposé par le sang et le feu par la dictature. Nous lançons aujourd’hui un appel au gouvernement pour qu’il respecte sans restriction des droits humains, en particulier des étudiant·e·s qui se mobilisent en faveur de l’éducation. Nous sommons la présidente de la République, Madame Michelle Bachelet, de prendre des mesures effectives afin que les étudiantes et étudiants emprisonnés soient libérés sans conditions.

Santiago, octobre 2015

Melissa Sepúlveda, présidente de la Fédération des étudiants universitaires Chili 2013-2014

Commission éthique contre la torture, Chili

Fédération des étudiants universitaires du chili (FECH)

Marta Matamala Mejía, présidente FEUSACH 2015. Porte-parole de la Confech

Takuri Tapia, président FEUSACH 2014 [Fédération des étudiants de l’Université de Santiago du Chili]

Eloísa González Domínguez, porte-parole ACES [association de coordination des étudiants du secondaire] 2012

Sergio Grez Toso, historien et professeur à l’Université du Chili

Action libertaire

Union nationale étudiante

Front d’action socialiste

Jeunesse rebelle

Nous sommes USACH [USACH: Université de Santiago du Chili]

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